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Neruda (2016)
de Pablo Larraín
publié le mercredi 4 janvier 2017

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°374, été 2016

Sélection Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes 2016

Sortie le mercredi 4 janvier 2017

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Neruda n’est pas un biopic.
C’est, selon les mots mêmes de l’auteur, un film fondé sur l’invention et sur le jeu, qui choisit un épisode relativement peu connu, du moins en Europe, situé dans le contexte du début de la guerre froide et de son incidence en Amérique du sud.

Tandis que Joseph McCarthy chassait les sorcières, le Chili décida de déclarer hors-la-loi l’écrivain, en dépit de son audience internationale. Sénateur du Parti communiste, Neruda osa dire son fait, en pleine chambre haute, à une classe dirigeante hautaine et jalouse de ses prérogatives.

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Le film est construit sur l’antithèse de deux personnages que tout oppose : le poète insurgé, passant à la vie clandestine, et le flic chargé de sa traque, Óscar. On rencontrera au cours de cette histoire un autre nom qui fleure bon la France - un certain Pinochet. Tout, sauf la naissance : le flic et le poète sont deux hijos de puta, au sens propre, autrement dit illégitimes, dans une société collet monté.

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Il s’agit d’un polar - Neruda en était, paraît-il, fervent -, avec un duel comme celui qui opposait Javert à Jean Valjean, qui prend la forme d’un spectaculaire road movie, à pied, à cheval, en voiture et en barque à travers tout le Chili, jusqu’à l’équipée dans les paysages enneigés de la cordillère des Andes et la mort dans le froid du chasseur qui s’était identifié à sa proie.

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L’interprétation de Luis Gnecco en Neruda est magistrale : c’est une véritable recréation du personnage, avec son amour de la vie, son goût insolent du risque, son égoïsme de créateur.
Celle du jeune Gael García Bernal en Peluchonneau, ascétique, bilieux, aussi pitoyable que dangereux, ne l’est pas moins.

Lumineuse, profondément humaine, Mercedes Morán campe la figure de Delia del Carril, aristocrate argentine, peintre, qui présenta Neruda à Garcia Lorca, à Picasso et à toute l’intelligentsia internationale et qui lui consacra sa fortune et sa vie.

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Avec un lyrisme et une démesure rarement égalées, dignes d’un Ken Russell, ce film puise aux sources de l’inspiration artistique et fait sonner la parole poétique et et résonner la voix de l’auteur de Veinte poemas de amor y una cancion desesperada.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°374, été 2016

Neruda. Réal : Pablo Larraín ; sc : Guillermo Calderon ; ph : Sergio Armstrong ; mont : Hervé Schneid ; mu : Federico Jusid. Int : Gael Garcia Bernal, Luis Gnecco, Mercedes Moran, Pablo Derqui (Chili-Argentine-Espagne-USA, 2016, 107 mn).

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