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Higelin, Jacques (1940-2018)
Une vie, une œuvre
publié le samedi 7 avril 2018

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

Je suis mort, qui qui dit mieux ?
Jacques "Crabouif" Higelin (1940-2018)

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Pas facile d’évoquer un compagnon de route personnelle, que l’on n’a que peu croisé, mais beaucoup suivi, et qui nous a accompagné, images et musique, depuis cinq décennies et demie.

Quelques épiphanies dans la vraie vie.

Higelin improvisant sur le piano à queue installé aux pieds de la statue de Victor Hugo, dans la cour de la Sorbonne, aux tout débuts de sa "libération", le 14 ou 15 mai 68 (Merci à Jacques Kebadian pour les images-souvenirs).

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Le même, une nuit de fin mai, boulevard de l’Hôpital, devant la gare d’Austerlitz, avec une guitare et deux bouteilles de vin, offrant à quelques dizaines d’assistants un happening de deux heures, éblouissant.

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Deux situations inoubliables, comme sont inoubliables les récitals en tout petit comité, à La Vieille Grille, en 1967, avec Brigitte Fontaine et Rufus ( Maman j’ai peur ), ou seul, et dans un état de déréliction effrayant, à la Pizza du Marais (devant quinze convives de hasard), vers 1973, jun peu avant l’album BBH75 et la renaissance.

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Une musique, donc, qui nous a capturé immédiatement, en voyant son duo de guitares avec Henri Crolla, dans une scène du film de Henri Fabiani, Le bonheur est pour demain, disparu à peine sorti en mai 1961 (mais qu’une édition DVD a fait revivre récemment) (1).

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Découverte confirmée quelques mois plus tard, à la vision de Saint-Tropez Blues de Marcel Moussy, (2) dont il ne nous reste que le souvenir de ses chansons et des yeux de Marie Laforêt, tiens, on constate que Stéphane Audran était là aussi, décidément, c’est la malédiction de la semaine.

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Un bel avenir de comédien s’ouvrait : pour un jeune, décontracté, à la chanson facile, le marché n’était pas saturé. Mais après Bébert et l’omnibus (Yves Robert, 1963), Higelin choisit la chanson (+ quelques panouilles alimentaires à l’écran).

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On ne s’en plaindra pas : c’est l’époque des chansons inédites de Vian et de la rencontre avec Brigitte Fontaine. Rencontre productive, que la pellicule aurait immortalisée s’il restait une copie du film tourné par Christian Gion en 1967, Les Encerclés (avec Rufus en prime). Mais nul ne sait ce qu’il est devenu. Le film était prémonitoire, Higelin y occupait un amphi avec une mitraillette - une seule copie est sortie à Paris, au milieu du mois de mai 68, à un moment où le public possiblement concerné n’était pas dans les salles, nous étions cinq spectateurs, au Celtic, rue d’Arras. Parmi les trois chansons du film, une, Cet enfant que je t’avais fait, était extraordinaire et ce fut le seul succès de Higelin (et de Fontaine) des années 60. (3)

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Les années 69-73 seront fertiles, sur disques et sur écran. Higelin et Areski (1969) demeure un album-phare, toujours écoutable, comme le message d’un temps qui ne passe pas, avec J’aurais bien voulu ou le sublime Remember. On en connaît même des encore capables d’entonner sans erreur les six minutes de Chope la soupape, c’est dire. Et Jacques "Crabouif" Higelin (1971) est le produit d’une grande marrade, entre I love the Queen et Je suis mort, qui qui dit mieux.

Mais parallèlement, c’est la période où il trouve au cinéma ses meilleurs rôles, ceux où il ne fait pas que passer, mais occupe l’écran.
Sept jours ailleurs (1969) de Marin Karmitz (1969), à qui on est prêt à pardonner beaucoup pour avoir fait ce film.

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Salut, voleurs ! de Frank Cassenti (1973) et Elle court, elle court la banlieue de Gérard Pirès (1973) - encore un film prémonitoire - le même Pirès qui lui offrit un one-man show succulent dans L’Art de la turlute, un court métrage de 1969 absolument hilarant, qu’on aimerait bien voir repris, si elles l’osent, par les chaînes de TV qui vont assurément hommager l’artiste.

Comme tous les gens de goût, Higelin fit aussi partie de l’aventure L’An 01, réalisé, en 1973, par Jacques Doillon - et à lui aussi il sera beaucoup pardonné -, d’après le scénario de Gébé. En revoir le générique aujourd’hui, c’est visiter à la fois le Père Lachaise et le cimetière du Montparnasse - et la mort simultanée de Véronique Colucci (alors Kantor) n’arrange pas le constat. (4)

Ensuite, au cinéma, rien, ou peu de choses.
Il est vrai que le succès de ses albums et de ses concerts et le fait qu’il soit devenu une star pour une nouvelle génération d’auditeurs ne pouvait aller de pair avec une carrière suivie.
Carrière dont il devait d’ailleurs se soucier comme d’une guigne. C’était un dilettante, qui tournait avec qui lui plaisait. Avec Jean-Henri Meunier, par exemple, en 1980, dans La Bande du Rex (5) où il était Frankie Mégalo et dont il signa la musique.

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Ou aussi - personne n’est parfait, mais c’était un rôle minuscule -, avec Romain Goupil ( À mort la mort, 1998).
Nous serions curieux de voir la série télé Colette, une femme libre (2003) de Nadine Trintignant, dans laquelle il était Georges Wague, le mime partenaire de Colette lors de ses tournées du début du siècle (l’autre).
Higelin, un mime, lui qui était un homme de musique ?

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Le bonheur est pour demain de Henri Fabiani (1968). DVD : Documents cinématographiques (2014).

2. Saint-Tropez blues de Marcel Moussy (1961). On trouve la bande originale à la BNF.

3. Cet enfant que je t’avais fait, Jacques Higelin & Brigitte Fontaine (INA, 30 mars 1970).

4. Véronique Colucci (1948-2018), femme de Coluche et patronne des Restos du cœur, est morte la nuit du 5 au 6 avril 2018.

5. Voir le film en entier : La Bande du Rex de Jean-Henri Meunier (1980).



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