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Tueurs de la lune de miel (les) (1970)
de Leonard Kastle
publié le mercredi 27 juin 2018

par Françoise Audé-Jeancolas
Jeune Cinéma n° 58, novembre 1971

Sorties le vendredi 1er octobre 1971 et le mercredi 27 juin 2018

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Il est de ces films dont on se dit, après une première vision, qu’au moins ils vous fourniront un sujet de conversation piquant. Puis on les oublie. Puis on se surprend, 48 heures plus tard, en train d’y repenser avec un rien d’angoisse.

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C’est ainsi que Les Tueurs de la lune de miel de Leonard Kastle investissent le spectateur d’un trouble persistant après qu’il a été déçu à chaud. Déception dans son attente d’un cinéma américain "ancré" dans l’inconfort social et individuel d’à présent. Déception dans son besoin de comprendre que ne vient pas même satisfaire une explication - à la fois subtile et logique - du type de celle que Brooks proposait dans De sang-froid. Déception pour sa curiosité des monstres grotesques à la Aldrich.

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En effet l’histoire (vraie mais reconstituée) de cette grosse infirmière complice d’un escroc au mariage, jusqu’à ce qu’il couche avec une de ses victimes, est minable.
Les crimes de parcours qu’elle provoque et la dénonciation-suicide qu’elle fait, sont minables. Mais l’horrible est neutralisé par un langage qui tient sa grisaille du style télévisuel, sa mobilité et son regard attentif aux bavures du comportement, du cinéma direct. La dédramatisation est systématique, l’hystérie désamorcée, l’obésité et la boulimie réduites à des données ordinaires, comme la malléabilité de l’homme.

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Rien ne permet de comprendre pourquoi, tout soudain, le couple tue.
Le ressort de la jalousie est trop mécanique pour être seul en cause. La vulnérabilité de l’un et l’autre à leur sexe n’explique pas tout, non plus que le rapprochement des épaves. Et l’ensemble de ces éléments additionnés accroît la confusion plutôt qu’elle ne la clarifie.

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Tout le poids - quasi fantastique et à double détente - du film réside dans cette absence de réponse possible. L’opacité naît du constat apparemment humble. Apparemment, car l’utilisation hors propos de la musique de Mahler ajoute une note annoblissante à une entreprise qui se défendrait bien sans cela.
La tentative intéresse dans ce qu’elle a d’inabouti : le fait divers, somme toute banal, y recouvre sa scandaleuse unicité.

Françoise Audé-Jeancolas
Jeune Cinéma n° 58, novembre 1971

Les Tueurs de la lune de miel (The Honeymoon Killers). Réal, sc : Leonard Kastle ; ph : Oliver Wood ; mont : Richard Brophy & Stanley Warnow ; mu : Gustav Mahler. Int : Shirley Stoler, Tony Lo Bianco (USA, 1970, 108 mn).



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