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Hair (1979)
de Milos Forman
publié le mercredi 11 juillet 2018

par Claude Benoît
Jeune Cinéma n° 120, été 1979

Sorties les mercredis 9 mai 1979, 23 juin 2004 et 24 mai 2017

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Aux États-Unis, Forman a réalisé trois films, faisant preuve à cet égard d’une démarche intellectuelle très cohérente.
Taking off, Vol au-dessus d’un nid de coucou et Hair appartiennent en effet tous les trois à un même courant - neuf, courageux, contestataire - du cinéma américain.
Qu’il raconte les petits malheurs des parents de la middle-class urbaine dont les enfants sont de sempiternels fugueurs, décrive la vie terrifiante dans un asile psychiatrique "modèle" ou évoque le mouvement hippie et la guerre du Vietnam, Milos Forman porte sur l’Amérique un regard cru, sans concessions. L’immigrant tchèque néatait pas homme à chercher à plaire à tout prix, à moucheter ses traits pour se faire accepter immédiatement. Il a au contraire gardé intactes sa liberté de pensée, sa liberté d’opinion et sa liberté de langage, ce qui finalement s’est avéré payant.

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Écrite par Gerome Ragni & James Redo, composée par Galt Mac Dermot, Hair, qui fut créé en 1967, off-Broadway, n’est pas une très bonne pièce musicale.
Ce fut pourtant, à cause de l’actualité des thèmes traités, peut-être aussi par le mélange adroit d’avant-garde et de tradition qui la caractérisait, un événement considérable, un point de ralliement pour tous les marginaux, les rebelles, les militants du mouvement, au même titre que par exemple au cinéma Easy Rider.

Dans le film, Forman conserve la ligne directrice, l’argument principal de la pièce-rock, mais il l’a affiné, enrichi, amplifié. Son véritable tour de force, cependant, n’est pas tant d’avoir "aéré" le spectacle et de lui avoir procuré des espaces nouveaux (c’est l’un des privilèges du cinéma) que d’en avoir modifié le rythme et la structure. Hair, qui était une pièce musicale un peu monotone et un peu monocorde, est devenu sous sa direction, un film endiablé, imaginatif, varié.

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Fils d’un petit fermier de l’Oklahama, Claude Bukowski (John Savage - un jeune comédien très sobre), qui a reçu sa draft-card, doit rejoindre la caserne pour partir au Vietnam. En chemin, il s’arrête à New York, va faire un tour à Central Park, rencontre un groupe de hippies, avec lesquels il sympathise et tombe amoureux - de façon très platonique - d’une jeune fille de la haute bourgeoisie qu’il a juste entrevue. Tel est, réduit à sa plus simple expression, l’argument de Hair, et, sur ce plan, Forman joue honnêtement le jeu : il développe abondamment les morceaux musicaux (certains sont superbes : le virulent I Got Life, le déchirant Easy to Be Hard et le magistral Let the Sunshine in), enchaîne les tableaux chorégraphiques, restitue l’esprit du spectacle original, lui donnant même une tonalité contemporaine.

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Reflet fidèle de la philosophie hippie - dont de nombreux aspects subsistent aujourd’hui, mais d’une manière différente -, Hair traite, pêle-mêle, des cheveux longs, de l’amour libre, de la drogue (marijuana et LSD), de l’idée "Black is beautiful", du droit à la paresse, du refus de l’armée et de la guerre.

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Ceci étant, le film de Forman n’est pas daté et ne mendie jamais la nostalgie d’un passé encore proche, mais définitivement disparu. Le spectacle, réglé par le cinéaste dans les moindres détails, a une vitalité nouvelle, une force irrésistible, et deux séquences iconoclastes, comme celle de la réception bourgeosie perturbée par les hippies et celle du camp d’entraînement plongé dans le plus complet désodre, contiennent une formidable charge explosive dont la mèche ne sera jamais éteinte.

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Il était clair, dès l’abord, pour tous ceux qui ont aimé ses autres films (tchèques ou américains) que Forman allait tirer de Hair une œuvre très personnelle.
Son goût pour la chanson et pour la musique populaire (son premier film, Concours, qui rassemble deux moyens métrages, est un reportage musical), son inclination pour le spectacle subversif détruit de l’intérieur (le génial Au feu, les pompiers), l’attention qu’il porte aux êtres qui essaient de déborder la réalité - même si son regard est un mélange constant de tendresse et de férocité -, en faisaient l’homme de la situation.
Il n’a pas déçu notre attente. C’est de toute évidence un très grand metteur en scène. Tant mieux pour le cinéma de ce pays qui a su l’accueillir et l’adopter définitivement.

Claude Benoît
Jeune Cinéma n° 120, été 1979

Hair. Réal : Milos Forman ; sc : Michael Weller d’après Gerome Ragni, James Rado & Galt MacDermot : ph : Miroslav Ondrtichek ; mont : Alan Helm ; chor : Twyla Tharp. Int : John Savage, Treat Williams, Beverly D’Angelo, Annie Golden (USA, 1979, 121 mn).



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