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Fahrenheit 11/9 (2018)
de Michael Moore
publié le mercredi 31 octobre 2018

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 31 octobre 2018, seulement en VOD

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Fahrenheit 11/9, titre du nouveau brûlot de Michael Moore, joue sur l’ironie de l’Histoire et sur l’effet de déjà-vu.
Fahrenheit 9/11(2004) a été jusqu’ici le plus gros succès au box-office du réalisateur et, chose rarissime pour un documentaire depuis Le Monde du silence (1957), Palme d’or à Cannes.
En reprenant le titre bradburyen et en inversant les dates, Moore sème la confusion entre deux événements catastrophiques, le trauma du 11 septembre et la victoire de Donald Trump, annoncée un 9 novembre (1). Il suggère que les nombres peuvent, de même que certains mots, fonctionner comme des palindromes. On est en pleine Kabbale, dès lors que les lettres et les chiffres peuvent, en se combinant, prendre des sens différents, ou même se contredire selon qu’ils se lisent de gauche à droite ou de droite à gauche.

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C’est de politique qu’il est question.
Moore avait prévu que le candidat républicain l’emporterait, se distinguant, si l’on peut dire, du tout Hollywood - cf. son numéro de stand-up Michael Moore in Trumpland (2016). La séquence d’ouverture de Fahrenheit 11/9 est composée d’images empruntées aux télévisions qui font revivre la frénésie de la soirée de l’élection, le coup de théâtre, l’accablement. Le réalisateur, scénariste, coproducteur, dans son propre rôle et en voix off, pose la question en termes ainsi choisis : "How the fuck did this happen ?"

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On s’embarque dès lors dans un flash-back substantiel sur la structure du système électoral américain, pointant au passage les erreurs du parti démocrate, à commencer par celles de sa candidate, Hillary Clinton et l’irresponsabilité de l’establishment - à l’exception de Bernie Sanders.
Moore nous révèle que Trump s’est présenté quasiment par hasard, en tout cas par défi, pour prouver à la classe politique qu’il valait plus que l’animateur de téléréalité, rôle dans lequel on voulait le reléguer.

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Comme si ce scoop ne suffisait pas, le film laisse clairement entendre que le milliardaire, soupçonné d’être un prédateur sexuel et accusé comme tel par une kyrielle de dames, câlinerait d’un peu trop près sa propre fille Ivanka. Moore, curieusement, n’entre pas dans les détails pour ce qui concerne les affaires financières de Trump ou de celles de son entourage - celles, par exemple, de son gendre.
Le film dévie ensuite quelque peu de son cours en s’attachant au scandale de la pollution de l’eau potable à Flint, dans le Michigan, ville où fut fondée la General Motors et dont le réalisateur est originaire. Le fait que l’un des responsables de la contamination soit républicain suffit à raccorder cette partie, sorte de documentaire dans le documentaire, au corps du film.

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Par ce cas précis, le travail d’investigation étant intéressant et documenté, la parole pour une fois laissée aux parties concernées, le cinéaste prouve qu’il est capable du meilleur comme du pire - son argumentaire général manquant de faits probants. Obama y est égratigné au passage, sans aucune raison dans la mesure où c’est lui qui déclara l’état d’urgence à Flint, ordonnant dans la foulée une enquête fédérale.

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Mais le personnage Moore est comme ça, à prendre ou à laisser, guidé par ses passions - la mise en cause du personnel politique en étant une.
Il appelle de ses vœux un renouvellement générationnel, ciblant précisément un public jeune, notant des signes d’espoir (cf. la grève d’enseignants en Virginie, la campagne des lycéens mobilisés pour le contrôle des armes à feu, l’apparition de trentenaires intrépides dans le parti démocrate).

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On récupère le sujet Trump, toujours pimpant et pomponné, imperturbable, dans ses habituelles rodomontades. Pour prouver, si besoin était, la proximité du nouveau président avec les dictateurs, Moore synchronise la voix de Trump sur un discours d’Hitler avec, en coda, des images d’archives de l’incendie du Reichstag. Dans le même esprit, il n’hésite pas à convoquer le dernier procureur du tribunal de Nuremberg encore en vie pour commenter la politique migratoire de l’actuel locataire de la Maison-Blanche.

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Le film est à la fois bavard et actionpacked, ne laissant pas le temps au spectateur de respirer. Fahrenheit 11/9, comme il se doit, invoque l’apocalypse en voulant la conjurer. Le cinéaste, avec son look de Bud Spencer en casquette de base-ball (sans son Terence Hill), partage cabotinement la vedette avec l’objet de son courroux. Ce dernier, par contraste, ne paraît ni fou, ni gâteux, ni même sot. Il est, comme Moore, un excellent entertainer.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Donald Trump a été élu 55e président des États-Unis le 8 novembre 2016, l’annonce en a été faite le 9-11. Les attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center sont appelés 9/11 (Nine eleven).

Fahrenheit 11/9. Réal,sc : Michael Moore ; ph : Luke Geissbuhler, Jayme Roy ; mont : Doug Abel, Pablo Proenza ; mu : The Hit House (USA, 2018, 128 mn). Documentaire.



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