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Voyage à Yoshino (2018)
de Naomi Kawase
publié le mercredi 28 novembre 2018

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 28 novembre 2018

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Pour son treizième long métrage, Naomi Kawase quitte la romance et l’optimisme pour se lancer dans un drame sentimental qui se passe dans les forêts nippones habitées d’âmes errantes, de combattants, d’animaux domestiques et de souvenirs.

Surtout de souvenirs, ceux, fantasmés ou réels, de l’héroïne française, une Juliette Binoche encore plus terne que d’habitude, mais apparemment ravie de se trouver au cœur du mystère de la vie et de la nature.

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Le film peut se résumer en quelques mots : Jeanne part pour le Japon, à la recherche d’une plante médicinale rare qu’on appelle "vision" (1) et qui a du sens, puisqu’elle agit sur la perception et fait percevoir la beauté du monde et la force qui nous sauvera du chaos. Mais il faut y croire, et Jeanne ne cesse bien sûr d’y croire comme en un exorcisme. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde-forestier qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a vingt ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

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Cette plante rare, entre mousse et champignon, ne pousse que tous les cent ans environ, après des mesures alchimistiques qui auraient donné des migraines à Paracelse lui-même. D’ailleurs, pour bien montrer que Jeanne est une savante, Kawase la montre souvent en train de griffonner et de dessiner des plantes aux formes moyenâgeuses.

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Elle est surtout accompagnée d’une traductrice française d’origine japonaise, qui s’éclipse au premier tiers du film pour aller visiter sa grand-mère. Le film se noie alors dans une soupe romantique qui marie, de façon compliquée, présent, passé et futur, mélangeant les genres jusqu’à perdre tout son sens et tout son sel.

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On a du mal à croire en ces personnages, et pas seulement en Juliette Binoche, catapultée ici pour les besoins du casting, mais même Masatoshi Nagase, qui était splendide dans Vers la lumière ou dans Les Délices de Tokyo (2), ne donne pas l’impression de croire en son personnage, il faut dire assez artificiel. Tout comme Kazuko Shirakawa, éblouissante dans Vers la lumière, et ici méconnaissable en grand-mère aveugle et cependant visionnaire.

On peut toutefois accorder au film une certaine valeur chromatique, car les paysages sont magnifiques et bien traités, de même que cette vie sauvage qui sourd de tous côtés pour évoquer à la fois le mystère du don et celui de la passation des pouvoirs et de la vie.

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Est-ce pour cette raison que le film ne se donne pas si facilement ?
Il demeure énigmatique, tant sur le plan symbolique que sur l’amour qui relie tous ces êtres au cœur d’une nature frêle et puissante, dont le chien est comme l’emblème et la métaphore. Peut-être mériterait-il d’être vu deux fois ?

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

1. "Vision", le mot donne son titre anglais au film.

2. Les deux films, de Naomi Kawase, ont été sélectionnés au Festival de Cannes, . Les Délices de Tokyo (An) dans la section Un certain regard en 2015 et
Vers la lumière (Hikari) en compétition officielle en 2017.

Voyage à Yoshino (Vision). Réal, sc : Naomi Kawase ; ph : Arata Dodo ; mont : François Gédigier & Yoichi Shibuya ; mu : Makoto Ozone. Int : Juliette Binoche, Masatoshi Nagase, Takanori Iwata, Mari Natsuki (Japon-France, 2018, 109 mn).



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