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Rencontrer mon père (2018)
de Alassane Diago
publié le mercredi 20 février 2019

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019

Sortie le mercredi 20 février 2019

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Pour qui en a fait l’expérience, l’absence du père creuse dans le cœur d’un enfant une blessure incurable, qui ne se referme jamais et dont il souffrira toute sa vie.
Alassane Diago a décidé d’en faire un film, un documentaire sur ce père qui les a quittés quand il était tout petit, laissant le Sénégal pour s’installer au Gabon. Ce n’était pas un abandon, mais une migration volontaire, sans doute due à la sécheresse, mais qui a duré plus de vingt ans. Son père n’est jamais revenu et c’est comme si Diago avait décidé de devenir cinéaste justement pour filmer cette douleur et cette absence.

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C’est sur le tournage de Lili et le baobab qu’il rencontre, alors qu’il n’a que 20 ans, la réalisatrice Chantal Richard (1). Celle-ci se prend d’affection pour lui et va prendre en charge sa scolarité et sa formation, avec l’aide de Myriam Léotard et de leurs amis. Le jeune Alassane choisira ensuite le cinéma, après des études de philosophie à Dakar. Diplôme en poche, il sera pris en charge par le documentariste sénégalais Samba Félix Ndiaye, de retour au pays après un très long séjour en France.

Après deux courts métrages, déjà sur l’absence, l’émigration et le départ, (2) Alassane Diago prend contact avec son père, qu’il avait mis en cause indirectement dans son film, La vie n’est pas immobile, diffusé par la télévision gabonaise. (3) La rencontre se fera finalement sous le signe de la réconciliation et de l’amour filial.

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Mais, curieusement, ce documentaire abouti, d’une grande qualité plastique, avec ses longs plans fixes nécessaires, n’a pas pour sujet central ce père absent qui revient dans sa vie, mais les femmes et par-dessus tout, sa mère, dont le film est un portrait en creux. La société africaine, pour un enfant, passe d’abord par la mère, bien plus présente que le père. Celui-ci n’intervient qu’après, au moment où le jeune garçon devient adolescent. C’est à ce moment qu’il entre en scène.

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Le film commence par un long plan fixe sur les mains de cette mère qui inspire respect et amour - "J’ai grandi avec une mère qui attendait son mari. J’ai vécu son manque au quotidien, qui était aussi le mien. J’en ai souffert aussi."

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En fait, c’est un très beau film sur l’amour, un amour qui traverse le temps, la religion et les frontières. Le réalisateur rencontrera, dans un petit village du Gabon, la nouvelle épouse de son père, ses trois demi-frères et sœurs. Le film se conclura sur le départ d’Alassane et sur les pleurs des enfants, comme si quelque chose leur avait été donné, puis repris. Une manière de montrer que la vie n’est pas immobile, comme l’annonçait son premier court métrage.
Un beau film fait de confidences, de plans fixes et de témoignages sur la beauté de ce monde dont on ne se lasse pas.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019

1. Lili et le baobab de Chantal Richard (2006). Alassane Diago y est assistant.

2. Alassane Diago est né en1985. Les deux premiers courts métrages : Tristesse dans un bar et Dégoût à l’épicerie (2012).

3. La vie n’est pas immobile (moyen métrage, 2012).
Son premier long métrage, Les Larmes de l’émigration (2010) a précédé les courts métrages qui datent de 2012.


Rencontrer mon père. Réal, sc, ph, son : Alassane Diago ; mont : Catherine Gouze (France-Sénégal, 2018, 110 mn). Documentaire.



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