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Pardon (le) (2020)
de Behtash Sanaeeha & Maryam Moghadam
publié le mercredi 27 octobre 2021

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle en compétition de la Berlinale 2021

Sortie le mercredi 27 octobre 2021

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Peu de place pour le pardon en réalité, dans cette société iranienne que s’attachent à décrire Behtash Sanaheeha et Maryam Moghadam. Mina voit son mari exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis. Un an plus tard, constatant l’erreur, la justice proposera une somme ridicule en compensation. Mina, tout en s’occupant de sa fille muette, rencontre alors un inconnu, Réza, qui se présente comme un ancien ami de son mari, décidé à l’aider financièrement.

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Mina est merveilleusement incarnée par Maryam Moghadam, qui n’est jamais larmoyante ni ne cherche à apitoyer, de même que Alireza Sanifar offre une belle subtilité au personnage de Réza. L’alchimie du couple permet de créer un suspense accrocheur à mesure que leur relation évolue et que Mina témoigne de plus en plus d’attachement envers Réza. Leurs cheminements sont le prétexte d’une plongée dans une société iranienne totalitaire, corrompue, cynique, violemment patriarcale et individualiste.

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C’est par le biais de plans essentiellement fixes qu’est représentée une ville plongée dans la grisaille ou dans la nuit. S’attachant à décrire un espace oppressant, à la profondeur de champ bouchée par des flous lorsqu’il ne s’ouvre pas sur des murs, et dans lequel des symboles picturaux évoquant l’aspect carcéral de la société sont régulièrement disposés.

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Le tout est parachevé par une bande sonore constituée de bruits du quotidien parfois accentués au mixage, créant un environnement, intérieur comme extérieur, où tout n’est qu’hostilité. L’espace scénique ne laisse aucun interstice qui aurait permis aux personnages d’échapper à un sentiment de culpabilité générale omniprésent. Sentiment généré par une société basée sur "l’œil pour œil, dent pour dent" de la loi religieuse, casant ses membres en deux catégories : les victimes et les bourreaux. Montrant, comme dans tout État totalitaire, que des êtres humains plongés dans un système inhumain sont voués à devenir des monstres. La religion est décrite comme un outil servant à la fois à juger les citoyens et à leur inculquer un comportement moral, mais aussi à dédouaner le système lorsqu’une faute est commise par ce dernier, le système déclarant alors : "C’était la volonté de Dieu".

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Motif de culpabilité et autre thème du film : le mensonge. Mis en scène par le biais des relations entre Mina et Réza, il l’est aussi par le biais de la fille de Mina. La mère mentant à sa fille sur la mort de son père, l’enfermant ainsi, pour un temps, dans un monde fantaisiste, à l’image du cinéma dont la jeune enfant raffole.

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Mais en fin de compte, le film se termine sur une note d’espoir et veut démontrer que le meilleur remède aux maux de cette société consiste justement à faire ce dont elle est incapable : pardonner. Le Pardon est sombre, mais pas entièrement désespéré. C’est un beau film qui, tout en étant un "J’accuse" de la société iranienne, n’oublie jamais d’être juste envers ses personnages.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe


Le Pardon (Ghasideyeh gave sefid) aka Ballad of a White Cow. Réal, sc : Behtash Sanaeeha & Maryam Moghadam ; sc : Mehrdad Kouroshniya ; ph : Amin Ja’fari ; mont : Behtash Sanaeeha. Int : Maryam Moghadam, Alireza Sani Far, Pouria Rahimi, Avin Poor Raoufi (Iran, 2020, 105 mn).



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