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Introduction (2021)
de Hong Sangsoo
publié le mercredi 2 février 2022

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Berlinale 2021.
Ouurs d’argent

Sortie le mercredi 2 février 2022


 


Depuis une dizaine d’années maintenant, Hong Sangsoo nous gratifie de deux à trois films par an, discutant avec simplicité des vilains travers sud-coréens. Dans ce dernier film, nous suivons Yeoung-ho, jeune homme rêvant de devenir comédien et perturbé par le départ en Allemagne de sa compagne, Joo-won.


 

Les grands motifs esthétiques de Hong Sangsoo ne font pas défaut : environnements urbains ternes, scènes filmées en plans séquences pourvus d’élégants zooms dynamisant les discussions structurant le film. Comme pour quelques-unes de ses précédentes œuvres, le réalisateur fait le choix du noir & blanc, mais cette fois-ci, il n’est pas utilisé pour poétiser l’environnement, mais plutôt pour l’uniformiser. Plongeant l’entièreté du monde dans un gris homogène, de la Corée du Sud à l’Allemagne, dépeignant des atmosphères interchangeables, traduisant la monotonie du monde globalisé.


 


 

Le film est scindé en trois blocs distincts dont les séquences, annoncées par des écrans-titres pourvus de quelques notes de musiques (les seules du film), s’enchaînent entre les deux pays, sans que jamais il soit clairement spécifié qu’aux sautes d’espace se joignent des ellipses temporelles. Perturbant ainsi les repères du spectateur et mettant en exergue le trouble existentiel qui découle du raccourcissement de l’espace-temps moderne pour les personnages. Cet aspect est accentué par l’indétermination du degré de réalité de certaines séquences que l’on pensera réelles, mais qui ne seront en fait que des fantasmagories.


 


 

La jeunesse est ainsi montrée comme indécise et hésitante, dans un monde sans repères ni bornes, sans savoir quelle est la nature de son désir ou de son ambition, tout en étant en rupture avec les précédentes générations. Vaguement mentionnée, la pandémie de coronavirus est finement représentée : plus que la maladie en elle-même, ce sont ses effets d’isolation, de peur de l’extérieur et de la solitude ainsi induite, qui sont évoqués. Caractéristique en réalité déjà inhérente au monde moderne que s’attache à dépeindre le cinéaste. Mais il ne faut pas s’y tromper : le film n’est ni noir ni triste, et tend plutôt vers la douce mélancolie, voire l’ironie. Ironie se retrouvant dans l’aspect autoréflexif de malicieux traits d’esprit discutant certains leitmotive de sa filmographie.


 

Ainsi, la traditionnelle scène de beuverie est ici remise en cause par Yeoung-ho, qui s’interrogera ouvertement sur les raisons qui poussent son contradicteur à leur faire ingurgiter de l’alcool, alors que rien ne les y obligeait. Le film n’est pas vraiment long, ni vraiment court (à peine soixante minutes) et la légèreté de son dispositif ne sacrifie jamais son esthétique ni sa profondeur. Plusieurs des acteurs ayant précédemment tourné dans ses films de la dernière décennie sont présents, dont Kim Min-hee, fidèle au réalisateur depuis 2015, conférant ainsi un air familial à l’œuvre, qui saura émouvoir celui qui aura suivi le cinéaste au long de sa prolifique carrière.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe


Introduction. Réal, sc, ph, mont, mu, prod : Hong Sangsoo. Int : Shin Suk-ho, Park Mi-so, Kim Young-ho, Ye Ji-won, Kim Min-hee (Corée, 2021, 66 mn).



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