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Loin de mon père (2014)
de Keren Yedaya
publié le mercredi 25 février 2015

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n° 360, été 2014

Sélection Un certain regard Cannes 2014
Sortie le mercredi 25 février 2015

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On ne sait ni quand ni comment ça a commencé entre le père et sa fille.

Mais la voilà bien en place, celle de l’épouse, dans la cuisine et dans le lit, avec les mêmes fonctions et les mêmes rebuffades.

Ce vieux couple est d’une totale normalité. Elle fait le travail de la maison, elle l’attend, elle n’a rien d’autre. Il sort, rapporte l’argent du ménage, et est "entretenu" avec la conscience du juste.

Et puis, il y a le devoir conjugal. Pour elle, c’est, avec la bouffe, la seule façon de le retenir à la maison. Pour lui, c’est un truc un peu fatigant à la fin. Il prend une maîtresse, plus bandante.

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On déteste cette grosse fille, boulimique, qui vomit et se lacère.
On se fout de son désespoir, comme on s’étonne devant les tournantes et les si longues séquestrations des faits divers.
Quant au mâle dominant, c’est à peine si on remarque ses actions, tant elles sont classiques. Ni lui, ni l’inceste ne sont le sujet du film.

Ce que raconte Yedaya (1), c’est l’addiction.

Elle ressemble à l’amour, et elle guette tout être humain, à chaque coin de rue : patron harceleur, publicitaire habile, tribun politique, amant(e) narcissique, jeux (des pauvres, des riches et des traders), jusqu’aux infos permanentes, tous ces dispositifs hypnotiques stupéfient autant, si ce n’est plus, que la meth.

Le sevrage, avec multiples rechutes, advient le plus souvent grâce à une rencontre, ça s’appelle une prise de conscience.
Des générations de dramaturges et de théoriciens ont compté dessus.

Là, c’est Yael Abecassis (2) qui aide Tamir à sortir du cercle infernal.
On voudrait bien qu’elle existe, on rêve d’une théologie de la libération.
Mais Yaël est un ange, et les anges n’existent qu’en pierre, de préférence dans les cimetières.

On ne sait ni quand ni comment ça a commencé.
Mais il y a une hypothèse.
Moshe, le père, pleure d’émotion devant une photo du bébé Tamir venant de naître.
Le fameux "instinct maternel" a toujours été soigneusement cultivé.
L’instinct paternel, laissé sauvage, risque de mal tourner.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n° 360, été 2014

1. Entretien entre Keren Yedaya et Philippe Piazzo (2014).

2. Association de Yaël Abecassis

Loin de mon père. Réal, sc : Keren Yedaya ; ph : Laurent Brunet ; mont : Arik Lahav-Leibovich. Int : Maayan Turjeman, Tarhi Grad, Yael Abecassis (Israël-France, 2014, 94 mn).

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