Alain Delon (1935-2024) est mort cette nuit de samedi à dimanche.
Communiqué de l’AFP : "Alain-Fabien, Anouchka, Anthony, ainsi que (son chien) Loubo, ont l’immense chagrin d’annoncer le départ de leur père. Il s’est éteint sereinement dans sa maison de Douchy, entouré de ses trois enfants et des siens".
Il n’était pas si vieux que ça, mais dans les frigos de toutes les rédactions, sa nécrologie était sans doute prête, avec toutes les richesses que sa biographie propose, ses débuts de petit voyou ("proche de la vraie pègre française", selon Variety), ses démêlés de toutes sortes avec la Justice et dernièrement avec ses enfants, ses femmes, ses hobbys... Et, bien entendu, sa carrière cinématographique (acteur, mais aussi comédien au théâtre, réalisateur, producteur, chanteur même). Entre 1949 et 2019, 107 films en 70 ans, dont un grand nombre de grands chefs d’œuvre, avec les plus grands cinéastes. Sans compter la cinquantaine de livres écrits sur lui.
Dans le monde entier, nul n’a ignoré sa beauté et son talent, son arrogance aussi. Ni non plus ses contradictions, dans ses comportements, comme dans ses déclarations politiques ou sociales, avec clairement une préférence pour la droite et l’extrême droite, alors même qu’il a fréquenté des réalisateurs d’un tout autre bord (Joseph Losey, Luchino Visconte, Alain Cavalier, Robert Enrico..), ou adapté Jean-Patrick Manchette. Ou bien qu’il était capable de virer Valéry Giscard d’Estaing de chez lui.
Variety annonce sa mort, en l’appelant "l’ange énigmatique du cinéma français", presque féminin, et le compare à James Dean (1931-1955), en soulignant que, contrairement à lui et ses explosions émotionnelles, il était froid, avec un "visage de poker".
Le quotidien mexicain, Excélsior, rapporte qu’il avait déclaré que la période la plus heureuse de sa vie se situait entre 20 et 28 ans, après son retour de la guerre d’Indochine, au moment où sa carrière naissait, la période de Plein Soleil et de sa rencontre avec René Clément. Le quotidien signale aussi qu’en 2022, à la suite de son accident vasculaire cérébral, il avait demandé à être euthanasié, considérant que c’était naturel et facile, puisqu’il habitait en Suisse (comme Jean-Luc Godard (1930-2022), qui a profité de ce droit élémentaire).
On se souvient du Festival de Cannes 2019. où on lui a remis la Palme d’or d’honneur. Les féministes s’étaient mobilisées : Pas d’honneurs pour les agresseurs ! Elles demandaient au Festival de Cannes de tenir ses promesses de l’année précédente, quand il s’engageait contre les violences masculines, avec une montée des marches 100% féminine et le vibrant discours de Asia Argento.
En effet, quand on avait demandé à Alain Delon, le 24 novembre 2018 : "Vous êtes vous mal comporté avec les femmes ?", il avait répondu : "Une gifle, c’est machiste ? Oui, j’ai dû être machiste." Son fils avait confirmé cette violence en dévoilant que sa mère avait eu 8 côtes cassées et 2 fois le nez fracturé tellement il la frappait fort. Il avait ajouté : "Pendant des années j’ai vécu en attendant qu’il claque".
La Palme d’or d’honneur lui avait quand même été remise.
Avec un "Rendez-vous" de bonne tenue, salle Buñuel.
Quand nous penserons à lui, désormais, plutôt que sur les images et le bruit de sa notoriété tonitruante ou celles de sa fascination pour les polars plus ou moins tranquillement violents, nous reviendrons sur les personnages de douceur et d’ambigüité, des années 1960, cette belle époque de sa vie, où, pourtant, il avait le regard triste.
Les grands classiques bien (trop) connus :
* Plein Soleil de René Clément (1960).
* Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli) de Luchino Visconti (1960).
* L’Insoumis de Alain Cavalier (1964).
* La Piscine de Jacques Deray (1969).
Et, toujours dans les années 60, deux autres films moins célèbres :
* Quelle joie de vivre (Che gioia vivere) de René Clément (1961), un film très peu connu, politique et extrêmement sympathique.
* Les Aventuriers de Robert Enrico (1967).
Et bien sûr, plus tard, peut-être son apogée :
* Monsieur Klein de Joseph Losey (1976).
Bonne lecture :
* Anthony Delon, Entre chien et loup, Paris, Points, 2023.
Intelligence artificielle :
* Alain Delon vu par Roberto Malini, membre de l’ONG EveryOne Group.