par Monique Portal
Jeune Cinéma n°92, janvier 1976
Sélection au Festival de San Sebastián 1976
Coquille d’argent
Prix Louis-Delluc 1976
Sortie le mercredi 19 novembre 1975
Ludovic et Marthe se sont rencontrés à l’occasion d’un mariage qui a fait d’eux des cousins germains. Rencontre poétique lors d’une tendre danse dans la salle désertée par les autres convives.
Leurs conjoints respectifs prendront la chose avec gentillesse, étant coupables eux-mêmes d’une escapade impromptue. Le ton est ainsi donné à tout le film : pas de drame sinistre, pas de situation irrémédiable. Et pourtant l’aventure de Marthe et Ludovic a de quoi bouleverser ces familles bien tranquilles. En effet, chacun trouve dans l’autre le moyen d’échapper à son quotidien sans histoire. Marthe a un travail, un mari un peu mufle. un enfant. Pas de grandes peines, pas de grandes joies non plus... Ludovic est un être plein de fantaisie, exerçant n’importe quel métier, fidèle époux d’une sympathique fofolle amoureuse de son psychiatre. Une douce amitié les rapproche. Négligeant sans remords leurs obligations familiales, ils se retrouvent à la piscine, à la campagne ou dans les rues de Paris, riant comme des enfants, se gavant de pâtisseries.
Mais la vie n’est pas une promenade joyeuse au royaume de la gratuité. Un beau jour, le cousin et la cousine, un peu curieux, un peu amoureux, s’enferment dans une chambre d’hôtel qu’ils garderont jusqu’au lendemain soir. Après tout, puisque tout le monde est persuadé qu’ils couchent ensemble. Et c’est alors qu’ils découvrent un bel amour qui balaiera tous les obstacles. Au point qu’un soir de réveillon. Marthe et Ludovic annonceront leur départ vers d’autres horizons. Ni tragédie, ni vaudeville, le film de Jean-Charles Tacchella veut être une sorte de miroir de la vie dans ses moments de simplicité, de drôlerie, de sincérité aussi. Le réalisateur a choisi un style bien défini, tout en demi-teintes, pour conter une histoire pleine de gravité. Et souvent, on est sous le charme de ces personnages à la fois légers et sérieux : la mère avec ses remariages, la gamine qui prend des photos de famille irrespectueuses, la femme de Ludovic qui cultive complaisamment les cures de sommeil.
Cependant il y a quelque chose d’irritant et de décevant dans Cousin cousine. On peut rire de certaines situations, de certains caractères. Mais en même temps, on ressent comme un malaise lorsqu’on songe au fond du problème évoqué par Jean-Charles Tacchella. Il s’agit en effet d’un homme et d’une femme qui décident d’en finir avec la monotonie du quotidien, et qui piétinent allègrement la sacro-sainte famille petite bourgeoise. Mais finalement ils vont reformer un couple comme !es autres. L’ordre social est sauvé puisque la solution trouvée ne change rien à ses structures. D’ailleurs chacun s’adapte à la situation : les enfants n’ont pas trop de peine, le mari de Marthe ira de liaison en liaison, la femme de Ludovic fera un séjour en clinique. La vie continue. La société a gommé ses cicatrices et s’est refermée sur elle-même. Après Le Voyage en Grande Tartarie (1973), plus destructeur et plus critique, on pouvait espérer mieux de Jean-Charles Tacchella. (1) Son film est charmant, mais bien vide et bien conventionnel.
Monique Portal
Jeune Cinéma n°92, janvier 1976
1. "Voyage en Grande Tartarie", Jeune Cinéma n°77, mars 1974.
Cousin, cousine. Réal : Jean-Charles Tacchella ; sc : J.C.T & Danièle Thompson ; ph : Georges Lendi, Éric Fauchère, & Michel Thiriet ; mont : Agnès Guillemeot ; mu : Gérard Anfosso. Int : Victor lanoux, Marie-Christine Barrault, Marie-France Pisier, Guy Marchand, Ginette Garcin, Popeck, Alain Doutey Hubert Gignoux Anna Gaylor (France, 1975, 95 mn).