Michel Blanc (1952-2024) est mort dans la nuit de jeudi 3 octobre 2024.
Cette mort a surpris tout le monde, pas seulement parce qu’elle était brutale et prématurée, mais peut-être aussi parce que les acteurs catalogués comme drôles, comme les acteurs à grand succès, ne peuvent pas mourir.
Les premiers désolés ont été ses copains de lycée, pas n’importe qui, Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Christian Clavier, Gérard Jugnot Marie-Anne Chazel, avec qui il avait constitué, à 22 ans, la bande du Splendid, en 1974 - seule manquait Anémone (1950-2019) -, de fidèles amis qu’il n’aura jamais vraiment quittés, tout au long de sa riche carrière.
En fait, les hommages sont innombrables, et viennent de toutes parts, notamment des politiques qui s’en sont mêlés. C’est que Michel Blanc était un acteur populaire et, qu’en ces temps troubles, tout est bon pour rester connecté au peuple.
Populaire, il l’était, d’abord parce qu’il était drôle, mais aussi parce que, dans les années 1970, il était là, dans le paysage, d’abord avec des petits rôles mais avec de grands réalisateurs (Bertrand Tavernier, Claude Miller, Roman Polanski, Luc Béraud, Gérard Pirès...), et dans des films à succès, jamais moins de deux films par an.
C’est en 1978, qu’il est devenu quasiment une star, sous la direction de Patrice Leconte avec deux films, Les Bronzés (1978) et Les Bronzés font du ski (1979).
Avec son corps de gringalet, sa calvitie précoce, et sa grande intelligence, il s’était constitué un personnage dont on se repassait les répliques devenues "culte", comme on dit. Que ce soit avec Patrice Leconte - à peine plus âgé que lui - que sa carrière ait décollé n’est pas étonnant. On détecte dans les deux itinéraires, cette cohabitation entre deux registres parallèles, comique et dramatique. Avec lui, il aura tourné huit films.
Le grand succès d’un personnages est toujours périlleux, il devient une étiquette, dont il est souvent très difficile de se débarrasser. Les années suivantes, Michel Blanc va continuer à tourner, sans arrêt, dans des films comiques à succès.
Et puis, dans les années années 1980, il réagit à cet enfermement.
D’abord en 1984, il passa à la réalisation. Il y perpétua son personnage hypocondriaque et râleur. Il connaissait le travail de scénariste, avec la bande du Splendid, et depuis sa collaboration avec Patrice Leconte, mais là, en passant derrière la caméra, il avait obtenu un autre statut, une autre image, et le film fut un succès : Marche à l’ombre (1984).
C’est alors, au sommet de sa gloire, que s’amorça un vrai tournant en deux temps.
D’abord, il tourna dans un film remarquable et risqué, Tenue de soirée de Bertrand Blier (1986). Les films du cinéaste sont toujours hors catégorie. Ce film-là, où Michel Blanc se travestit en femme, totalement à contremploi étant donné son physique, non seulement fut couvert d’honneurs à l’époque (Meilleur Acteur au Festival de Cannes, et multiples Césars pour le film), mais peut être considéré aujourd’hui, par son sujet, comme un film précurseur de notre temps. Michel Blanc retrouvera Bertrand Blier dans Merci la vie (1990).
En 1989, ce fut avec Patrice Leconte, sinon son alter ego, du moins son plus proche, qu’il confirma son nouveau terrain de jeu, avec un film où tous deux exploraient ensemble, dans un même mouvement, la face sombre de leurs talents. C’est Monsieur Hire d’après Georges Simenon, et ça marche (Festival de Cannes 1989 et Césars). C’est ce film qui aura probablement joué un rôle majeur dans sa mutation, puisqu’à partir des années 2000, il va privilégier le registre dramatique. À part quelques exceptions, dont Les Bronzés 3 en 2006, une erreur, qui ferai un bide. Autres temps, autres humours.
Il conviendrait de s’attarder sur sa carrière de réalisateur (5 films). En 1994, quand il fera son deuxième film, dix ans après le premier, Gosse fatigue, il a su rassembler une équipe épatante, avec Jacques Audiard & Josiane Balasko, pour le scénario, et un générique d’enfer, dont Carole Bouquet en grande comique et Philippe Noiret. Le film est autant l’occasion de rassembler tous les amis de la troupe du Splendid que de se moquer de sa propre gloire, le tout sous l’influence de Bertrand Blier, avec qui il avait triomphé en 1986. Le film fut d’ailleurs reconnu : Prix du scénario et Grand prix de la technique pour Pitof (effets spéciaux), au Festival de Cannes 1994.
Un film surtout le consacra comme un acteur hors pair, débarrassé de tous ses oripeaux de clown triste, un film politique, L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller (2011), une film qui, lui aussi, fut honoré à Cannes et aux Césars. Ce fut son acmé.
À partir des années 2010 et 2020, au tournant de sa soixantaine, il était retourné à des seconds rôles, ou à des films mineurs, pourtant suivi régulièrement par son public.
Tout le monde connaît Michel Blanc, mais en y regardant de plus près, à l’heure des bilans, si on fait le point de sa carrière, on est épaté de son ampleur, de sa finesse, et de ses honneurs.
Il y a le cinéma : comme acteur, entre 1974 et 2024, en 50 ans, 98 films ; comme réalisateur, entre 1984 et 2018, 5 films ; et comme scénariste, entre 1975 et 2018, 18 films. Il y a le théâtre, aussi, entre 1976 et 1995, avec cinq Molières. Et dix films à la télévision entre 1977 et 2004. Il n’a travaillé qu’en France, une interrogation s’impose : s’il avait pris le temps, aurait-il pu faire des films à l’étranger et y avoir autant de succès ?
Nous attendons deux films avec lui qui sont en post productions : La Cache de Lionel Baier (2024) et Le Routard de Philippe Mechelen & Julien Hervé (2024). Quelle que soit la qualité des ces deux film, nul doute que son public sera là, affectueux, fidèle.