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City Hall (2020)
de Frederick Wiseman
publié le mercredi 21 octobre 2020

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n°404-405, hiver 2020-2021

Sélection officielle Hors compétition de la Mostra de Venise 2020

Sorties le mercredi 21 octobre 2020


 


Après avoir planté sa caméra à Paris, Londres, Berkeley, New York, Monrovia, Frederick Wiseman revient dans sa ville natale de Boston pour un film fleuve d’un peu plus de 4h30. Avec pour sujet le fonctionnement de la municipalité dirigée par le démocrate Martin Walsh depuis 2014. De toute évidence, il avait besoin de revenir à une Amérique plus proche de son cœur après avoir exploré les terres très conservatrices de l’Indiana. Besoin aussi de montrer un territoire largement réfractaire au trumpisme", même si le nom n’est jamais prononcé.


 


 

Abordons pour commencer la durée de City Hall. Elle peut a priori rebuter le potentiel spectateur, bien que Frederick Wiseman nous ait habitués à des films fleuve qui, in fine, nous font oublier le sens de la temporalité, tant ils éblouissent par l’acuité du regard, la richesse du propos. C’est de nouveau le cas aujourd’hui. Alors prière d’aller aux toilettes avant et de ne pas venir l’estomac vide. Au sortir, il y a fort à parier que l’on aura perdu le sens du temps écoulé dans le monde extérieur. Une telle durée s’avère nécessaire pour couvrir la totalité des sujets abordés. Ce qui faisait l’unité de nombre de ses films consacrés à des institutions particulières, lycée, hôpital, etc., laisse place à l’exploration d’une mécanique complexe, celle du gouvernement municipal d’une grande ville, avec tous les problèmes afférents. Si donc le film aborde de multiples sujets, il ne se contente pas simplement de les aligner comme autant de chapitres autonomes.


 


 


 

Il y a dans la démarche de Frederick Wiseman le désir d’approfondir ce qui constitue la particularité du fonctionnement de l’administration gérée par Martin Walsh. Elle repose sur la faculté à écouter les gens, à cerner les problèmes de manière horizontale, à aller sur le terrain. En gros, ce qui constitue aussi la démarche du cinéaste. Dès lors, il peut prendre le temps de filmer des réunions, des cérémonies, des débats parfois animés, parce que, au-delà de la parole - elle n’en est pas moins importante -, ce sont les attitudes, les regards, la gestuelle qui dessinent une humanité à l’œuvre. Dans une certaine mesure, une image de la démocratie américaine telle qu’elle se manifeste dans certaines réalités locales. Que cela se produise à Boston n’est peut-être pas totalement le fruit du hasard, dans le berceau de la révolution américaine.


 


 

Sous la mandature d’un maire issu de l’émigration irlandaise et qui en garde le souvenir comme principe d’action. Frederick Wiseman se plaît à filmer le personnage dans son œuvre. On pourrait parfois lui reprocher d’en faire un peu trop, comme dans une des séquences finales où il filme un meeting du maire rassemblant ses troupes au Symphony Hall. Le film offre aussi des plages de respiration dans lesquelles il filme sa ville avec un amour non dissimulé. Et pour qui connaît un peu Boston, c’est comme une promenade sentimentale dans les quartiers, les lieux connus et ceux plus secrets qui en font le charme.

Bernard Nave
Jeune Cinéma n°404-405, hiver 2020-2021


City Hall. Réal, sc, mont : Frederick Wiseman ; ph : John Davey (USA, 2020, 272 mn). Documentaire.



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