par Gérard Camy
Jeune Cinéma n°247, décembre 1997
Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 1997
Sortie le mercredi 28 janvier 1998
Deux hommes ont été engagés pour tuer Mike Max (Bill Pullman), producteur de cinéma qui doit sa carrière à l’exploitation de la violence. Ils parviennent à l’enlever. Mais le lendemain, ce sont leurs corps qu’on retrouve décapités. L’inspecteur Doc Block (Loren Dean) est chargé de l’enquête.
Ex-scientifique de la NASA, Ray Bering (Gabriel Byrne) a été par hasard témoin d’une partie des meurtres sur l’écran de contrôle du laboratoire top secret qu’il installe à l’observatoire de Griffith Park. L’objectif du système qu’il développe est de mettre un terme à la violence quotidienne et médiatisée dont nous sommes à la fois les germes et les victimes. Il prend alors conscience qu’il est lui-même observé.
Retrouvant sa fluidité et sa rigueur, Wim Wenders est de retour avec ce thriller atypique et passionnant. L’intrigue volontairement embrouillée, la mise en boucle d’une surveillance inexorable, impalpable mais omniprésente, n’est pas sans rappeler l’excellent et tout aussi inquiétant Osterman Weekend de Sam Peckinpah (1983). Une explosion brutale, la chute vertigineuse d’une jeune fille. Un réalisateur crie "Coupez !". Wim Wenders pose d’emblée le problème de l’exploitation de la violence au cinéma.
Pas question toutefois de délivrer un quelconque message moralisateur. Un riche producteur et sa femme qui le quitte, une cascadeuse, un informaticien, un inspecteur de police... autour de ces différents personnages, que rien ne semble rapprocher, se tisse une toile de fond qui les enserre peu à peu. La violence est partout et ils vont tous en être victime. Dans son observatoire qui ne sert plus à observer les déplacements des étoiles mais à surveiller tous les mouvements de la rue, Gabriel Byrne regarde, scrute, analyse tous les actes violents qui se déroulent devant ses caméras. Manipulation, espionnage, si chacun souhaite la fin de la violence, les moyens divergent pour y parvenir et engendrent des éliminations suspectes et inquiétantes que les institutions de l’État semblent parfaitement maîtriser.
D’images glacées en récit éclaté, dans des décors qui prennent par moments l’aspect d’une toile de Edward Hopper, Wim Wenders nous promène sur les chemins de la violence américaine, largement médiatisée et, clin d’œil chaleureux, donne à Sam Fuller, pour son dernier rôle (il est mort le 31 octobre 1997), les moyens d’une composition pleine de sensibilité et d’humour. Les sonorités rauques de la musique de Ry Cooder s’avèrent en parfaite adéquation avec la sombre tonalité du film.
Gérard Camy
Jeune Cinéma n°247, décembre 1997
* Cf. aussi "The End of Violence" (rebond), Jeune Cinéma n°248, février 1998.
The End of Violence. Réal : Wim Wenders ; sc : Nicholas Klein ; ph : Pascal Rabaud ; mont : Peter Przygodda ; mu : Ry Cooder. Int : Bill Pullman, Andie MacDowell, Traci Lind, Gabriel Byrne, Henry Silva, Samuel Fuller (USA, 1997, 122 mn).