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Manuscrit trouvé à Saragosse (le) (1965)
de Wojciech J. Has
publié le vendredi 6 décembre 2024

par René Prédal
Jeune Cinéma n°23, mai 1967

Sélection officielle du Festival de San Sebastian 1965

Sorties en France en décembre 1966 et les mercredis 2 février 2005 et 1er août 2012


 


Par le biais d’un manuscrit trouvé en pleine bataille à Sarragosse, le chevalier van Worden (Zbingiew Cybulski) se trouve entraîné dans un fascinant voyage à travers le temps et l’espace, à partir de Madrid et de la mystérieuse auberge de la Venta Quemada. L’Espagne aride du 17e siècle procure un fond de réalisme authentique à ces rocambolesques aventures pourtant empreintes d’une terrible odeur de soufre et de sorcellerie.


 


 


 

Ce récit à tiroirs tient de Jacques le Fataliste - un noble mendiant d’honneur raconte, dans la maison du cabaliste, des histoires aux troublantes correspondances du genre de : "Alors, je rencontrai un homme qui me raconta une histoire dans laquelle un autre personnage avait entendu le récit de quelqu’un qui aimait à dire que..." -, de L’Année dernière à Marienbad - les plus incroyables incidents, comme les passages sans doute rêvés ou imaginés, sont toujours présentés sur le même plan de réalité, dans un décor fastueux et baroque -, mais aussi des romans picaresques.


 


 


 

Tous les thèmes éternels de l’inconscient collectif, qui fournissent habituellement la trame des romans populaires, sont coulés dans une forme splendidement glacée où l’humour côtoie un formalisme très recherché : des crânes en premiers plans, ou un cheval s’immobilisant face à la caméra... et laissant apparaître, au loin, le compagnon de voyage entre les pattes. Le macabre (cadavres, gibets) côtoie le fantastique (pendus qui se décrochent pour assaillir les voyageurs), et les sortilège (grimoires magiques, pactes avec le Diable, filtres bus dans des crânes... et véritable caverne d’Ali Baba). L’érotisme (voiles transparents et poitrines nues) intègre l’inceste (deux sœurs mariées au même homme, le fils courtise la femme de son père et la belle-sœur de ce dernier).


 


 


 

Et les tueries (duels, lames d’épée traversant les corps...) forment une série d’aventures apparemment sans queue ni tête, parce que construites en cercles concentriques. Ainsi les deux valets, disparus au prologue, réapparaissent-ils à la dernière séquence. De même, certains épisodes du passé, ou seulement de l’hérédité du chevalier, ne sont révélés que dans les récits madrilènes pourtant racontés par un inconnu qui, inversement, annonce les nouveaux développements de la troisième partie par quelques indices qui ne s’éclairent que plus tard.
Quant aux significations de l’ensemble, elles ne peuvent que varier selon les spectateurs qui doivent s’installer devant ces images comme ils débarqueraient dans une auberge espagnole.

René Prédal
Jeune Cinéma n°23, mai 1967

* Le film Manuscrit trouvé à Saragosse a une histoire compliquée. Il y a longtemps eu deux versions : la version initiale, de 178 minutes, et une version courte de 124 minutes, montée par Wojciech J. Has lui-même quelques jours après sa projection "en marge" (où ?) du Festival de Cannes 1965.
On trouvera toutes les informations sur le site de Anne Guérin-Castell ou sur celui de DVDClassic.


Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie). Réal : Wojciech Has ; sc : Tadeusz Kwiatkowski, d’après le roman de Jan Potocki ; ph : Mieczyslaw Jahoda ; mont : Krystyna Komosinska ; mu : Krzysztof Penderecki. Int : Zbingiew Cybulski, Iga Cembrzynska, Elzbieta Czyzewska, Gustaw Holoubek, Bogumil Kobiela (Pologne, 1965, 182 mn).



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