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Droin, Nicolas & Forret, Mélanie, éds. (livre)
Écrire la ville au cinéma (2022)
publié le dimanche 13 avril 2025

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, octobre 2022

Nicolas Droin et Mélanie Forret éds., Écrire la ville au cinéma, Presses universitaires de Vincennes, 2022.


 


Réunis par Mélanie Forret et Nicolas Droin, quelques auteurs traitent du sujet : "écrire la ville au cinéma". Parmi les nombreux livres déjà parus sur cette thématique, l’ouvrage se distingue par sa composition originale et le découpage subjectif des textes, regroupés sous des titres évocateurs : Seuils, Traces, Mouvements, Imbrications. La forme singulière du livre est probablement due au fait que Mélanie Forret et Nicolas Droin pratiquent le cinéma, et sont sensibles à l’urbanité de l’espace cinématographique.
Ce vaste sujet traverse l’œuvre de Marguerite Duras - Détruire dit-elle (1969), Viviane Perelmuter - Le Vertige des possibles (2011) - et Georges Perec Un homme qui dort (1974). Bien d’autres films prourraient prendre place dans ces flâneries citadines, mais le choix se porte longuement sur Viviane Perelmuter qui permet au lecteur de savourer les réflexions de Virginia Woolf dans La Promenade au phare (1927), ou de s’inspirer de celles de la réalisatrice à propos du montage : "Éloigne ce qui est proche, rapproche ce qui semble lointain".

Ce livre passionnant pose sans cesse de nouvelles questions. Par exemple, la réalisatrice s’interroge comment rendre le passage du dehors au dedans, ou comment signifier l’entre-deux images. Il s’agit presque d’un ouvrage philosophique dans lequel les films de Chantal Akerman ou ceux de Leos Carax, questionnent sans cesse le hors-champ cher à Jean-Louis Comolli. Un bel article de Suzanne Liandrat-Guigues décrypte avec précision et poésie la pensée de Marguerite Duras à propos des mains négatives, peintes sur les parois des grottes magdaléniennes du sud de l’Europe. Selon ses mots, "écrire c’est crier […] la voix off de l’écrit durassien révolté se convertit en "street art" mobile et sonorisé pour perpétuer la plainte de toute une humanité".

De là, la ville en guerre analysée par Emma Mrabet à travers les films Nos guerres imprudentes de Randa Chahal-Sabbag, tourné au Liban en 1995, les témoignages des habitants de Homs filmés par Oussama Mohamed dans Eau argentée en 2014, mettant en lumière la faculté de filmer l’imprévu, le "rien à voir" opposé au "je veux voir".
Sylvain George poursuit une conversation avec Nicolas Droin sur ses préoccupations filmiques dans la ville d’aujourd’hui et notamment sur les déchets, débris, détritus que l’individu laisse derrière lui et veut "filmer selon des modalités et valeurs de plans différents, ce qui est mis de côté, les lambeaux oubliés, les cabossés de la production moderne".
Prosper Hillairet rompt avec la gravité des sujets par une analyse plastique minutieuse et originale du Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), suivi par Mélanie Forret relatant la beauté du cinéma de Guy Gilles. Le cinéma de Leos Carax est une immersion nocturne "sur la voie d’une écriture de nuit" par Julien Milly. Pour finir, l’étude de Ivan Hérard parcourt les villes américaines de New York et Los Angeles filmées par Jane Campion, Agnès Varda et Michael Mann.
Un livre riche et dense en réflexions, posant aussi bien des bases théoriques que des approches esthétiques du cinéma dans la ville, à lire et à méditer avec la lenteur du marcheur urbain.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, octobre 2022


Nicolas Droin et Mélanie Forret éds., Écrire la ville au cinéma, Presses universitaires de Vincennes, Collection Esthétiques hors cadre, 2022, 144 p.



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