par Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle du festival Premiers Plans d’Angers 2024
Sortie le mercredi 25 juin 2025
Ce premier film (1) de Ernst de Geer explore les relations d’un jeune couple aux prises avec leur projet professionnel : une application mobile de santé féminine pompeusement baptisée Épione (une nymphe qui soulage les maux, mariée au dieu de la médecine, Asclepios,).
Vera en gros plan sur fond rouge énonce ses ennuis de santé (ménorragie) à l’origine de l’application, André, en contrechamp, la regarde, attentif. Le plan s’élargit et révèle la présence d’une femme dans le rôle de coach. Ils ont été sélectionnés pour participer à un séminaire d’entreprises de la tech sur le thème du bien-être, où ils affronteront des concurrents devant de riches investisseurs, "un concours de pitchs" dans le jargon des start ups.
Vera décide auparavant d’aller à une séance d’hypnose pour arrêter de fumer. ’hypnothérapeute lui suggère de retrouver la petite fille qu’elle était. André remarque plutôt satisfait qu’elle tient tête à sa mère, une femme d’affaires, dont on apprend incidemment qu’elle a des accointances avec l’organisateur du concours.
L’action se resserre dans l’espace clos de l’hôtel, l’instigateur outrecuidant délivre des satisfecit ou déstabilise les participants, en l’occurrence André. Vera devient imprévisible ; elle s’affranchit de la bienséance puis vire à la folie douce en exhibant un chiwawa imaginaire qui a le don de mettre l’assistance dans l’embarras. Revenue dans leur chambre, elle danse frénétiquement sur la musique de la télévision comme une envie irrépressible de se défouler. André, inquiet, escamote "Calamity Vera" pour sauver Épione, et présente solo son argumentaire, le lendemain.
L’intention de Ernst de Geer est de montrer le comportement d’un couple au sein d’un groupe lorsque l’un deux enfreint les convenances sociales, provoquant la gêne, la honte de l’autre, de "jouer avec l’idée que quelqu’un qui est vraiment lui-même peut être une vraie plaie". (2)
On peut aussi considérer que la jeune femme n’en est pas une, mais qu’en déraillant, elle cherche la voie de l’émancipation et refuse de se conformer à ce qu’on attend d’elle. La dernière scène, ahurissante, semble présager une réconciliation, elle est aussi propice à des interprétations diverses.
Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe
1. Le film a été sélectionné au festival Premiers plans d’Angers et à celui de Karlovy Vary et récompensé du Prix du Meilleur Acteur.
2. Le philosophe slovène Slavoj Žižek a dit : "Trop souvent, lorsque nous aimons quelqu’un, nous ne l’acceptons pas tel qu’il est réellement. Nous l’acceptons dans la mesure où cette personne peut se conformer aux coordonnées de notre fantasme".
Sous hypnose (Hypnosen). Réal : Ernst de Geer ; sc : E. G. & Mads Stegger ; ph : Jonathan Bjerstedt ; mont : Robert de Krantz ; mu : Peder Kjellsby ; cost : Fianna Robijn. Int : Asta Kamma August, Herbert Nordrum, Andrea Edwards, David Fukamachi Regnfors (Suède-Norvège, 2023, 98 mn).