par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°437-438, juin 2025
Sélection officielle du Festival Festival international du film d’animation d’Annecy 2024
Sortie le mercredi 9 juillet 2025
Ce film d’animation psychédélique est intéressant à divers niveaux. D’abord parce qu’il permet de revenir sur la vie et la carrière de Robert Wyatt, alias Bob, et ses amours compliquées avec Alfreda Benge, alias Alif, sa compagne, artiste qui dessina toutes les pochettes de ses disques après leur mariage en 1974.
La réalisatrice espagnole María Trénor, diplômée des Beaux-Arts, a déjà produit et réalisé plusieurs courts métrages d’animation. Ex-Libris, par exemple, a été nommé pour le meilleur court métrage d’animation aux Goya en 2009. Elle est également professeure de médias audiovisuels à l’École d’art et de design de Valence et a collaboré à plusieurs publications sur le cinéma et l’animation. Rock Bottom est son premier long métrage, intéressant pour ses qualités plastiques, car un énorme travail a été accompli par María Trénor et son équipe sur la qualité des planches, dont le style, surtout au début du film, évoque l’univers de Edward Hopper pour la mélancolie et le clair-obscur, mais surtout par moments, l’artiste belge des années rock 1970, Guy Peellaert, qui s’était illustré, outre la fameuse B.D. Pravda la survireuse (1967), par des portraits glamour de stars comme Mick Jagger et David Bowie, pour lequel il avait conçu la maquette de l’album iconique Diamond Dogs. Pour les scènes plus oniriques, elle a fait appel à l’animateur expérimental polonais Zbigniew Czapla.
Ce film d’animation consacré presque exclusivement aux adultes n’est autre qu’un hommage aux plasticiens. D’ailleurs le titre fait explicitement référence à la pochette qu’Alif avait réalisée pour l’album Rock Bottom de Robert Wyatt, littéralement "le fond du rocher", mais qu’elle avait réinterprété plutôt comme "le fond de la mer", et qu’on verra d’ailleurs dans une séquence, lorsque le couple nage dans la Méditerranée.
Une troisième raison d’apprécier ce film restera bien sûr la musique, notamment pour les fans de celle, prolifique et inventive, de la charnière des années 1960 et 1970 - rappelons que c’est en 1966 que Robert Wyatt et ses amis fondèrent The Soft Machine, un des groupes les plus remarquables du moment. Du reste, tout le film fait allusion à ses talents de musicien, toujours à la recherche de paroles pour ses musiques. Une séquence clé montrera d’ailleurs Robert Wyatt en train d’improviser et de créer un de ses tubes dans le studio d’enregistrement, que sa compagne mettra en scène dans un des films expérimentaux sur lesquels elle travaille. Le film est réservé aux adultes en raison de scènes sexuelles et d’omniprésence de la drogue, et il n’est pas sans intérêt de savoir que ce film est mis en scène par une Espagnole, sans doute fascinée par cet univers puisqu’elle est née à l’époque de la movida madrilène qui a fait émerger Pedro Almodovar. L’histoire se partage donc, sans doute pour les mêmes raisons, entre New York et Majorque.
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°437-438, juin 2025
Rock Bottom. Réal, sc : María Trénor ; anim : Marta Gil Soriano ; mont : Joaquin Ojeda de Haro ; mu : Robert Wyatt (Espagne-Pologne 2024, 86 mn).