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Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles (2023)
de Lyne Charlebois
publié le mercredi 20 août 2025

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 20 août 2025


 


Lyne Charlebois, réalisatrice et scénariste québécoise révélée comme technicienne sur le tournage de Maria Chapdelaine de Gilles Carle en 1982, puis réalisatrice d’une centaine de clips pour des artistes du Québec, fut enfin honorée par plusieurs prix Jutra 2009 pour son film Borderline, qui lui ouvrit la voie vers la télévision. Son deuxième long métrage sort enfin en France et va aider à la mieux faire connaître. D’autant que ce film est une petite merveille de sensibilité, de tendresse et d’érotisme, à travers le prisme d’une mise en abyme par la construction d’un film dans le film. En effet, afin de conter la rencontre au Québec d’un prêtre spécialisé en botanique et d’une jeune femme, rencontre réelle qui a marqué leur passage dans l’histoire du pays, Lyne Charlebois a choisi de la filmer in situ, tout en montrant aussi les acteurs actuels aux prises avec leurs rôles et leurs amours.


 


 


 

Au départ, un homme qui deviendra un savant botaniste reconnu et admiré, ainsi que le résume bien l’historien des sciences Yves Gingras : "Des rues, des boulevards, des édifices portent le nom de Marie-Victorin. Ce frère des écoles chrétiennes, né Conrad Kirouac le 3 avril 1885, est surtout connu du public pour deux grandes réalisations : la publication de l’ouvrage Flore laurentienne en 1935, et la fondation du Jardin botanique de Montréal en 1937". Déjà, cette situation, mise en parallèle avec l’enfance et l’éducation d’une jeune fille férue de botanique, permet à la réalisatrice de montrer la belle nature des Laurentides et les magnifiques herbiers que la jeune fille aime à confectionner au sein de sa famille. Elle s’appelle Marcelle Gauvreau, est née le 28 février 1907, et elle découvre son amour des plantes en 1930, grâce à un concours de botanique lancé par le journal Le Devoir, à l’initiative de Marie-Victorin. C’est ainsi qu’elle rencontre celui qui est alors professeur de botanique à l’université de Montréal. Il va la prendre sous son aile, car elle ne peut obtenir le prix amplement mérité, vu son âge. Il l’engage même au titre de secrétaire et bibliothécaire de l’Institut de botanique de l’université qu’il dirige.


 


 


 

C’est ainsi que naîtra un amour platonique et impossible, qui se poursuivra toute leur vie. Ces deux blessés de l’existence ont eu chacun la tuberculose, qui les a définitivement marqués. Leur passion envahit aussi le quotidien et le vécu des acteurs qui les interprètent à l’écran et la force de la réalisatrice est d’avoir pu montrer l’érotisme de cette relation en évitant le charnel, juste par des mots extraits de leur correspondance. Marie-Victorin meurt dans un accident d’auto le 15 juillet 1944 et Marcelle Gauvreau lui restera fidèle jusqu’à sa mort, le 16 décembre 1968. Le film retrace donc, dans des images superbes dues à André Dufour, cette histoire d’amour et d’amitié, sublimée dans de longues lettres échangées, entre philosophie et érotisme, à travers l’observation précise des organes génitaux des plantes. Ode à l’amour mais aussi, bien sûr, à la Nature, ce film donne espoir en l’âme humaine et à la beauté de la création, se rapprochant ainsi de Jean Giono, dans cette interrogation que lui avait proposée Marie-Victorin : "Je voudrais savoir pourquoi toutes ces choses sont si belles".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles. Réal, sc : Lyne Charlebois ; ph : André Dufour ; mont : Yvann Thibeaudeau ; mu : Viviane Audet. Int : Alexandre Goyette, Mylène Mackay, Rachel Graton, Francis Ducharme (Canada, 2023, 99 mn).



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