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Coup de cœur (1981)
de Francis Ford Coppola
publié le mercredi 19 novembre 2025

par Henry Welsh
Jeune Cinéma n°147, décembre 1982

Sélection officielle Venezia Classici de la Mostra de Venise 2023

Sorties les mercredis 29 septembre 1982 et 19 novembre 2025


 


Côté rue, le dernier film de Francis Ford Coppola tient la promesse des néons de son générique : il scintille. Côté cœur, il n’y a plus grand-chose de lumineux. C’est bien ça un film / façade sur lequel tout glisse comme les reflets qu’affectionne particulièrement l’auteur. Façade superbe de Las Vegas reconstituée, vitrine où viennent se heurter les rêves des passants, le leurre d’un spectacle renouvelé. Passées les quelques minutes de surprise on est désabusé et peu sensible au factice, au clinquant qui nous est offert. Étalage noyé d’éclairages censés modeler l’espace, cette imitation pataude des grandes comédies musicales est loin d’égaler les époustouflants réglages des œuvres précédentes, et pourtant la référence y fait grande loi. Mais en fait de musicals, on reste sur sa faim et pour ce qui est des ballets, ils semblent brouillons. La grande parade dansée dans la rue, par exemple, n’est absolument pas au point et on a l’impression d’une absence totale de direction d’acteurs. Il reste en surface de ces papillonnages une histoire de cœur qui est peut-être le coup de pub le plus rentable (encore que...), mais qui ne peut prétendre à une épaisseur psychologique ou une structure dramatique propres à nous épater.


 


 


 

Un homme et une femme se quittent après une dispute et tentent chacun de son côté de vivre la rencontre régénératrice.
Une funambule - Nastassja Kinski, dont on ne sait si elle est la star que tout le monde acclame, mais qui est, pour le moins, grossièrement contre-employée, à cent lieues de la grâce féline du personnage de Mignon dans Faux mouvement de Wim Wenders (1) - saura séduire l’homme éperdu. Un serveur de charme enthousiasmera la femme délaissée, jouée par Teri Garr, dont le jeu est digne des séries du style Ma sorcière bien aimée (2).


 


 


 


 

Et quoi d’autre ? Rien, sinon qu’en définitive dans ce duel amoureux, c’est le mâle qui triomphe. La scène du faux départ à l’aéroport est manifestement l’indication d’une capitulation féminine. Là, le film prend la tournure d’une tranquille "machisation", sans laisser une chance que le thème du conflit puisse désavantager l’homme, ou l’image de lui que se doit de montrer un film pour grand public. Bravo Francis Ford Coppola ! En nous envoyant à l’œil les paillettes brillantes des enseignes de la ville, il emporte avec son air innocent le drapeau hyper-conventionnel des happy ends pour-le-mec-qui-ne-doit-pas-perdre-la-face.


 


 


 

Le travail sur la lumière est ce qu’il y a de plus intéressant. Les effets lumineux créent une perspective particulière, découpent l’espace en plans plus ou moins éclairés, plus ou moins transparents. Alors que l’espace de la ville est totalement éclaboussé de lumières artificielles et scintillantes, au point de nous faire perdre toute référence au jour ou à la nuit, l’espace privé, domestique est scindé par de grandes plages lumineuses, délimité par de grands à-plats unicolores d’une densité justement plus solaire. Comme si la rue, la ville était le théâtre d’une fête permanente, d’un foisonnement vivifiant alors que le home serait le lieu clos des passions étriquées.


 


 


 

Au demeurant, cette théâtralité ne colle pas avec le propos du film autrement plus simpliste. La recherche ne répond pas à l’illustration ou à la demande d’un problème de fond lié à la narration, mais s’offre telle que comme un pur ornement. Il y a le faste sans le prince, les ors sans les corps pour les porter. Et s’il est vrai que, même revêtu des plus belles livrées, un laquais reste un laquais, Francis Ford Coppola ne devrait pas s’enorgueillir de porter la plus haute technique cinématographique comme gage de réussite ou de chef d’œuvre.

Henry Welsh
Jeune Cinéma n°147, décembre 1982

1. "Faux Mouvement", Jeune Cinéma n°109, mars 1978.

2. Ma sorcière bien-aimée (Bewitched) est une série télévisée américaine créée par Sol Saks et diffusée (1964-1972).


Coup de cœur (One from the Heart). Réal : Francis Ford Coppola ; sc : F.F.C. & Armyan Bernstein ; ph : Vittorio Storaro, Ronald V. Garcia ; mont : Rob Ronz, Rudi Fehr, Anne Goursaud, Michael Magill, Randy Roberts ; mu : Teddy Edwards, Tom Waits. Int : Fre¬deric Forrest, Teri Garr, Raul Julia, Nastassja Kinski, Lainie Kazan, Harry Dean Stanton (USA, 1981, 107 mn).



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