home > Films > Tucker (1988)
Tucker (1988)
de Francis Ford Coppola
publié le mercredi 19 novembre 2025

par Alain Caron
Jeune Cinéma n°193, février 1989

Oscar du Meilleur Second Rôle masculin : Martin Landau

Sorties le jeudi 11 janvier 1989 et le mercredi 19 novembre 2025


 


Au lendemain de la guerre, Preston Tucker conçoit un prototype automobile autrement plus révolutionnaire que les doigts en V du Chinois de la pub Citroën. Sans argent, il a le génie d’utiliser le support du rêve (l’image) sous la forme d’une publicité dans un magazine, afin de promouvoir une voiture qui n’existe que dans son imagination. L’afflux des souscriptions fait l’effet d’un banc de poissons pilotes à un requin de la finance qui vient proposer ses services.


 


 


 

D’abord sceptique, il succombe au rêve de Tucker et parvient à monter une structure financière qui laisse espérer la construction en série du modèle Tucker. C’est sans compter sur trois concurrents en situation de monopole, dont les positions sont solidement confortées par des actionnaires placés aux postes-clés du gouvernement et de la finance. Bien vite, le modèle Tucker capote sur des fondrières soigneusement creusées par des concurrents véreux. Il ne naîtra que cinquante Tucker dont quarante-six roulent encore aujourd’hui et dont les idées d’avant-garde seront exploitées sans vergogne ni reconnaissance.


 


 


 

Peu importe, pour Tucker l’argent reste secondaire. Il privilégie les idées et le combat pour le bien de l’humanité. On retrouve les mêmes idéaux chez Frank Capra dont Francis Ford Coppola copie allègrement le prototype. À savoir un groupe d’idéalistes en butte aux escrocs de la finance et de la politique. On retrouve le même discours sur l’Amérique, mère de la démocratie et giron d’accueil de toutes les immigrations. On imagine très bien James Stewart ou Gary Cooper dans le rôle de Tucker. Jeff Bridges, malgré un grand talent, manque de cette apparence frêle qui, en contrepoint de la puissance de leurs rêves, suscitaient une sympathie sans réserve du spectateur.


 


 


 

Au-delà de l’hommage, on peut voir en Tucker une métaphore autobiographique sur l’itinéraire de Francis Ford Coppola. La création des studios Zoetrope fut, elle aussi, un combat d’un groupe d’individus aux idées chimériques, contre des monopoles aux aspirations frileuses. On peut gloser à l’envi et tout interpréter à travers une grille de lecture. Mais c’est oublier l’euphorie que suscite le film, la joie candide du spectateur et l’espoir d’un capitalisme éclairé.

Alain Caron
Jeune Cinéma n°193, février 1989


Tucker (Tucker : The Man and His Dream). Réal : Francis Ford Coppola ; sc : Arnold Schulman & David Seidler ; ph : Vittorio Storaro ; mont : Priscilla Nedd-Friendly ; mu : Joe Jackson. Int : Jeff Bridges, Joan Allen, Martin Landau, Frederic Forrest, Christian Slater (USA, 1988, 110 mn).



Revue Jeune Cinéma - Mentions Légales et Contacts