par Gisèle Breteau-Skira
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection officielle de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 3 septembre 2025
Toni un jeune garçon Rom habite le bidonville de "La Canada Real", à la périphérie de Madrid avec sa famille et son grand-père ferrailleur. Mais les promoteurs et spéculateurs immobiliers les poussent à quitter leurs terres. Toni doit choisir. C’est le premier long métrage, un documentaire-fiction, de Guillermo Galoe, jeune réalisateur espagnol récompensé deux fois du Prix Goya pour deux courts métrages Frágil equilibrio (2016) et pour Aunque es de noche (2023).
Filmé à la Canada Real, dans cette vaste communauté Rom à quelques minutes de Madrid, Ciudad sin sueño illustre déjà par son titre en langue espagnole à la fois ville sans sommeil et ville sans rêves. Pour le jeune Toni, c’est un peu les deux, toujours accompagné de son lévrier blanc "Atomica" et de son grand-père qu’il admire, il traverse le film avec un certain bonheur d’être et une passion de vivre. Les images sont libres, énergiques, emportées dans un rythme fou dans l’urgence de vivre et de filmer sans jamais de répit. Les enfants dépourvus de tout, jouent avec quelques vieilles bagnoles qu’ils cabossent un peu plus, ils courent en tous sens, vivant sans cesse dehors, car pour l’ensemble de la communauté Rom, la vie se passe avant tout dehors. À tel point que deux mondes parallèles se superposent, celui de la vie réelle quotidienne et pauvre et la vie merveilleuse des contes, celle qui évoque leur fameux "futur". L’usage du négatif couleurs pour ces visions hallucinatoires de villes, de paysages et de paradis artificiels viennent heurter et questionner tour à tour la réalité de ce monde marginalisé, précarisé et exclu. Et malgré ce montage récurent d’images antagoniques, prime la force vitale de Toni, son expression dégage une fureur, quelque chose d’inaltérable et d’éternel, une véritable force de vie.
Guillermo Galoe a su capter l’incertitude et la menace persistante de la communauté face aux desidératas des pouvoirs en place. La caméra du réalisateur fixe Toni avec insistance sans le lâcher, comme s’il était prisonnier de son destin et ne pouvait ou ne voulait en échapper.
Gisèle Breteau-Skira
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Ciudad sin sueño. Réal : Guillermo Galoe ; sc : G.G. & Víctor Alonso-Berbel ; ph : Rui Poças ; mont : Victoria Lammers ; déc : Joana Ginart ; cost : Iratxe Sanz. Int : Antonio Fernández Gabarre, Bilal Sedraoui, Jesús Fernández Silva, Luis Bertolo (Espagne-France, 2025, 97 mn).