par Gérard Camy
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 10 septembre 2025
Présenté à Un Certain regard en 2022, son premier film, Plan 75, avait obtenu une mention à la Caméra d’or. De retour à Cannes, en compétition cette fois, avec Renoir, la réalisatrice Chie Hayakawa brosse le portrait pudique et dépouillé de Fuki, une fillette livrée à elle-même par une mère souvent absente et dont le père est hospitalisé pour un cancer en phase terminale. Ce film simple, à la composition magique, dégage une émotion profonde et une sensibilité douloureuse. Une succession subtile de plans aux tonalités douces s’attache au regard de cette enfant de 11 ans et enveloppe sa propre solitude et son apparente impassibilité à la cruauté de sa situation, d’une compassion délicate.
La cinéaste s’inspire de sa propre enfance lorsque son père est mort d’un cancer quand elle avait le même âge que son personnage. Elle se souvient de son insensibilité à l’époque, de sa difficulté à être en phase avec la gravité de la situation, et de la culpabilité traumatique qui l’a longtemps accablée. D’ailleurs, le titre renvoie au portrait et à l’impressionnisme, puisqu’il désigne le tableau de Auguste Renoir, Portrait d’Irène Cahen d’Anvers, dont la mélancolie et la grâce de la reproduction que son père lui avait offerte fascinaient la réalisatrice quand elle était petite.
Car le père et sa fille sont unis par une profonde tendresse que la caméra capte en quelques plans lumineux, avant de s’attarder sur le repli de Fuki sur elle-même et les dangers de son errance solitaire. Un abandon qui la conduit à suivre jusque chez lui un jeune homme qui a tout d’un pédophile. D’un moment fugace à un autre, Renoir traduit ses sensations et ses rêveries contradictoires, toujours en équilibre entre le monde de l’enfance et celui des adultes, à la fois attirant et dangereux. La jeune actrice Yui Suzuki, étonnante de fantaisie, de poésie et de gravité dans son premier grand rôle, impose une hypersensibilité qui lui fait deviner ou sentir des choses invisibles à « une époque où un sentiment diffus de vide s’installait » explique la réalisatrice.
Gérard Camy
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Renoir. Réal, sc : Chie Hayakawa ; ph : Hideho Urata ; mont : Anne Klotz ; mu : Rémi Boubal. Int : Yiu Suzuki, Lily Franky, Hikari Ishida (Japon-France, 2025, 116 mn).