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Outsiders (1983)
de Francis Ford Coppola
publié le mercredi 19 novembre 2025

par Gérard Camy
Jeune Cinéma n°155, décembre 1983

Sélection officielle du Festival international du film de Moscou 1983

Sorties les mercredis 7 septembre 1983 et 27 juin 2001


 


Tournant radicalement le dos à des superproductions qui avaient fait sa gloire - Le Parrain I (1972), Le Parrain II (1974), Apocalypse Now (1979) (1) -, Francis Ford Coppola affiche sa volonté de traiter avec brio des histoires modestes dans le cadre de films à petit budget. Malheureusement, on a plutôt l’impression ici qu’il s’enferme dans un système qui commence à tourner dans le vide.
Tout d’abord, le sujet de Outsiders est bien loin d’être original. Deux bandes rivales et désœuvrées, les Socs, jeunesse dorée sillonnant à bord de superbes voitures les rues d’une petite ville américaine, et les Greasers, adolescents perdus des quartiers pauvres arpentant les trottoirs de la même ville, s’évitent, se retrouvent, se cherchent, s’affrontent, s’invectivent, se battent.


 


 


 

Pour renforcer un canevas aussi léger, Francis Ford Coppola centre son film sur deux Greasers, un peu plus jeunes, un peu plus paumés que les autres. Mais leur errance désespérée, leur volonté forcenée de sortir de leur triste condition n’arrivent que trop rarement à nous émouvoir. Seul, peut-être, le personnage de Johnny, écorché vif au passé déjà lourd, faux caïd au cœur tendre, par un jeu particulièrement appuyé, irrite ou séduit mais ne laisse pas indifférent. La séquence très réussie de sa mort n’est pas sans rappeler celle de la fin tragique de Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960). Et puis, entre les personnages archétypaux et les situations pleines de références à des œuvres passées - Graine de violence de Richard Brooks (1955), La Fureur de vivre de Nicholas Ray (1955), West Side Story de Jerome Robbins (1957), American Graffiti de George Lucas (1973)... -, le réalisateur n’arrive pas à installer la distance nécessaire qui donnerait à son film un ton personnel. Les qualités techniques indéniables n’empêchent pas l’étiolement de cette histoire volontairement mélodramatique agrémentée d’un jeu d’acteurs très théâtralisé, souvent outré, et d’un traitement nocturne qui n’a rien de vraiment original.


 


 


 

The Outsiders est un film qui tente de transformer une nostalgie en exercice de style. Si François Truffaut y parvenait superbement dans Vivement dimanche ! (1983), Francis Ford Coppola, lui, s’embourbe dans un maniérisme gênant et patauge dans un bain d’éclairages, de plans courts, de panoramiques flamboyants et de travellings trop parfaits. La succession habile des plans moyens et rapprochés qui réduit la ville à un décor anonyme et fragmentaire (la nuit renforce cette impression) n’évite pas les longueurs et le ridicule de certaines situations.


 


 


 

Dommage de brader ainsi un indéniable talent cinématographique en le mettant au service d’un romantisme de pacotille. Ce patchwork des états d’âmes et des rêves impossibles d’une certaine jeunesse américaine, les déshérités, les oubliés de l’American way of life, n’est essentiellement qu’un énoncé dans l’air du temps de lieux communs et d’idées-modes. Continuons pourtant d’espérer et attendons le prochain film de Francis Ford Coppola.

Gérard Camy
Jeune Cinéma n°155, décembre 1983

1. "Apocalypse Now", Jeune Cinéma n°120, juillet 1979.


Outsiders (The Outsiders). Réal : Francis Ford Coppola ; sc : Kathleen Rowalle d’après S.F. Hinton ; ph : Stephen H. Burun ; mont : Anne Goursaud ; mu : Carmine Coppola. Int : Matt Dillon, C. Thomas Howell, Ralph Macchio, Patrick Swayze, Tom Cruise, Diane Lane, Tom Waits (USA, 1983, 91 mn).



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