par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle du Festival de Mannheim 2024
Sortie le mercredi 24 septembre 2025
Après quelques courts métrages et des études de cinéma aux USA, George Sikharulidze, réalise, en 2024, son premier long métrage, Panopticon, dont le scénario a été développé à la Résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes. Il nous livre ici des portraits de son pays, la Géorgie, et de quelques-uns de ses habitants.
Le réalisateur était encore un enfant, lors de la séparation, dans les années 1990, d’avec le monde soviétique dont le pays dépendait. La Géorgie, devenue très chrétienne, connaît une vague prévisible de nationalisme. C’est pour cette raison qu’il a préféré situer ses souvenirs personnels dans la Géorgie actuelle et non dans celle de sa jeunesse.
Panopticon raconte l’histoire de Sandro dont la mère vit aux États-Unis, alors que son père a décidé de devenir moine orthodoxe. L’adolescent introverti se retrouve alors livré à lui-même. Il se débat au quotidien pour faire coexister son devoir envers Dieu, son besoin d’amour et son idée de la virilité...
Mais comment trouver sa place quand on est sans repères dans une Géorgie post-soviétique, à la fois turbulente et pieuse ? À ce sujet, le réalisateur raconte que le pays connaît depuis quelques années la démission des pères, car, depuis la chute de l’empire soviétique, ce sont les femmes qui tiennent le pays, celles qui ont eu le courage, comme la mère de Sandro, de s’expatrier pour faire vivre leur famille.
Le film est ainsi construit autour de quatre femmes. La mère, nourricière, la grand-mère (tout comme la petite amie de Sandro), une sainte, donc intouchable et, enfin, Lana, étudiante, qui danse dans un night-club pour subvenir aux besoins de son père et que Sandro classe dans la catégorie des prostituées. Et au-dessus d’elles toutes, il y a Natalia, coiffeuse, que Sandro rencontre par hasard et à qui il demande de lui couper les cheveux courts, dans une scène très érotique et très chaste en même temps. De cette séquence, le réalisateur propose l’analyse suivante : "C’est la relation la plus complexe du film et celle qui m’intéresse le plus. C’est une relation amicale, mais ce n’en est pas une. C’est une relation mère-fils, mais ce n’en est pas une. C’est une relation sexuelle, mais ce n’en est pas une. C’est une romance, mais ce n’en est pas une non plus. C’est donc le type de relation pour lequel nous n’avons pas de catégories, que l’on ne peut pas nommer avec le langage".
Quant au titre, il évoque à première vue le Christ Pantocrator des Orthodoxes, mais fugitivement, puisqu’il s’agit aussi d’un film très religieux. Mais c’est, surtout, un souvenir du livre de Michel Foucault, Surveiller et punir (1975), dans lequel le philosophe analyse le projet de panoptique de Jeremy Bentham à la fin du 18e siècle, lequel avait conçu une prison où la tour de contrôle était au centre, si bien que les prisonniers se sentaient observés en permanence. De cette conception, Michel Foucault avait écrit : "La visibilité est un piège". C’est un peu la même situation pour un croyant car, ainsi que le dit le père de Sandro au moment où il entre au monastère dont il ne pourra plus sortir : "Je vais aller au monastère, mais Dieu regarde tout ce que tu fais, tu dois être un bon garçon, tu dois prier". C’est bien sûr aussi une façon d’ériger une sorte de tour pour surveiller Sandro.
Jean-Max Méjean
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Panopticon (Panoptikoni). Réal, sc : George Sikharulidze ; ph : Oleg Mutu ; mont : Giorgia Villa. Int : Malkhaz Abuladze, Data Chachua, Salome Gelenidze, Maia Gelovani, Ia Sukhitashvili (Géorgie-France, 2024, 95 mn).