Diane Keaton (1946-2025) est morte samedi dernier, le 11 octobre 2025.
Dans tous les esprits, elle est associée à Woody Allen, et c’est à juste titre. Mais, s’il est vrai qu’elle a tourné huit films avec lui, entre 1971 et 1993, elle a eu aussi une carrière tout à fait personnelle et indépendante. Il n’en demeure pas moins qu’il a toujours été là, et cela depuis le début de sa vie de comédienne professionnelle.
Elle avait fait du théâtre amateur dans le cadre de ses études secondaires et avait fait partie d’un club de chant. Puis elle avait intégré l’école d’art dramatique, Neighborhood Playhouse, à New York, où elle avait appris à perfectionner son jeu de scène grâce à la méthode Meisner (qui date des années 1930) et se distingue de la méthode Stanislavski par un abandon complet de l’usage de la mémoire émotionnelle. Elle avait obtenu son diplôme d’art dramatique en 1968 et arrêté ses études pour accompagner la troupe de la comédie musicale Hair, à Broadway.
C’est cette année-là que, à 22 ans, toute jeune débutante, elle rencontre Woody Allen, qui a onze ans de plus qu’elle, pendant les auditions de la deuxième pièce de théâtre qu’il a écrite, Play It Again, Sam. La pièce connaît un très grand succès à Broadway, dans sa mise en scène de Joseph Hardy, et elle est donc naturellement distribuée dans le film que Herbert Ross (1927-2001) en tirera en 1972, avec Woody Allen comme partenaire : Tombe les filles et tais-toi (1972). Ensuite Diane Keaton ne jouera plus qu’un seule fois au théâtre, en 1976, et se tournera définitivement vers le cinéma.
Après un premier film en 1970, Lune de miel aux orties (Lovers and Other Strangers) de Cy Howard, puis trois série télévisées, elle trouve son premier grand rôle dans Le Parrain (The Godfather) de Francis Ford Coppola en 1972. On la voit vraiment, elle y joue Kay Adams, la femme de Michael Corleone (Al Pacino). C’est un vrai rôle non négligeable, et elle y apparaît pratiquement dès le début du film.
Diane Keaton et Woody Allen étaient attirés l’un par l’autre à cause d’un même sens de l’humour. Pendant leur liaison, elle tourne dans un de ses films, Woody et les Robots (1973). En 1974, ils se séparent, en restant bon amis, l’année où elle joue dans Le Parrain II. Et dès 1975, elle recommence à tourner avec lui : Guerre et Amour.
Arrive Annie Hall en 1977, qui va remporter quatre Oscars en 1978, dont Meilleure actrice pour elle et Meilleur film pour lui. Le personnage d’Annie Hall a spécialement été écrit pour Diane Keaton. On a beaucoup glosé sur le fait que le film était une sorte d’autobiographie de leur couple, à cause de divers détails de noms - par exemple le nom de naissance de Diane Keaton est Diane Hall. Mais ils ont tous les deux assuré qu’il n’en était rien, et, parait-il, ils étaient tous les deux relativement déçus par le film, alors même qu’il connaissait un triomphe populaire.
En terme de popularité, on peut évidemment citer tous les films de Woody Allen, grâce auxquels elle devint une actrice comique. Ce qu’elle essaya de nuancer avec Intérieurs en 1978.
Et Manhattan (1979), c’est très bien
Mais un film nous apparaît majeur, c’est Reds de Warren Beatty (1981), réalisé à partir du livre de John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde paru en 1919 à New York, chez BONI & Liveright, Inc. la maison d’édition du Parti communiste. Le film raconte la vie de John Reed, militant communiste et journaliste, et Warren Beaty reçut l’Oscar 1982 du Meilleur Réalisateur.
La scène finale, où les deux amants se retrouvent, après s’être perdus dans le désordre de la la révolution, est absolument déchirante. Il nous semble que c’est le sommet de la carrière de Diane Keaton.
Après quoi, elle va continuer à jouer, très régulièrement, notamment avec Alan Parker ou George Roy Hill et plusieurs fois avec un certain Charles Shyer (1941-2024, réalisateur de comédies romantiques, plus connu pour les acteurs avec qui il a travaillé, comme Diane Keaton, Julia Roberts ou Jude Law, que pour la qualité ou le succès de ses films.
Elle fait encore partie du Parrain III, en 1990, trois films où elle aura pratiquement vieilli avec son personnage.
Et elle tourne encore avec Woody Allen en 1987, dans Radio Days, et, en 1993, dans Meurtre mystérieux à Manhattan.
Elle va travailler jusqu’à l’année dernière, en 2024, avec des rôle principaux dans des films mineurs, sans beaucoup de creux dans cette longue carrière : 74 films et téléfilms entre 1970 et 2024. Mais, pour la télévision, il ne faut pas oublier son rôle improbable de bonne sœur dans The Young Pope de Paolo Sorrentino (2016).
Il faut noter qu’elle s’est essayée au métier de réalisatrice, avec une douzaine de films dont des épisodes de série télévisuelles. Trois de ses films sont sortis en France, Heaven (1987) et Raccroche ! (Hanging Up, 2000), mais surtout Les Liens du souvenir (Unstrung Heroes) avec Andie MacDowell et John Turturro, sélectionné au Festival de Cannes 1995, dans la section Un certain regard, puis nommé aux Oscars 1996.
Tous les films qu’elle a réalisés n’ont remporté qu’un succès public mitigé.
Elle ne s’est jamais mariée, a eu trois liaisons importantes avec ses partenaires de cinéma Woody Allen, né en 1935, Warren Beatty, né en 1937, et Al Pacino, né en 1940. Puis elle a adopté deux enfants, sur le tard, seule, en 1995, sa fille Dexter et, en 2001, son fils Duke, et a cessé de tourner pour s’occuper d’eux.
Elle était connue pour sa défense de la préservation de l’architecture et la protection des animaux.