Björn Andrésen (1955-2025) est mort samedi dernier, le 25 octobre 2025.
Son nom ne dit pas grand chose, si on ne précise pas qu’il fut Tadzio, dans Mort à Venise de Luchino Visconti (1971).
Ce fut son deuxième film.
Une fois qu’on l’a identifié, comme éternel jeune homme, on se demande comment il a pu vieillir, jusqu’à 70 ans quand même, puisqu’il joua le rôle d’un vieillard, en 2019, dans Midsommar de Ari Aster.
L’image de son personnage fut si emblématique d’une beauté du diable mortelle, connue mondialement, qu’elle finit par effacer l’acteur. Björn Andrésen déclara d’ailleurs, qu’elle lui avait collé à la peau au point de le gêner toute sa vie.
Il faut aussi noter son premier film, Une histoire d’amour suédoise de Roy Andersson (1970), avant que le génie de ce dernier ne s’épanouisse dans son extraordinaire trilogie Chansons du deuxième étage (2000), Nous, les vivants (2007) et Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence (2014).
Björn Andrésen fut aussi musicien et devint même une pop star au Japon, y compris dans les mangas japonais.
Mais sa carrière au cinéma, essentiellement suédoise, demeura limitée, avec des petits rôles dans 33 films et téléfilms, entre 1970 et 2022, dont peu sont sortis en France.
En 2021, deux documentaristes suédois réalisèrent un film sur sa vie : L’Ange blond de Visconti (Världens vackraste pojke) de Kristina Lindström & Kristian Petri.
Il avait eu une enfance traumatisante, avec la mort accidentelle de son père, suivie du suicide de sa mère quand il a eu 10 ans. Il fut élevé par sa grand-mère qui le poussa vers le manequinat et le cinéma. Et le coup de chance fut sa rencontre, à 14 ans, avec Luchino Visconti, et en même temps un cauchemar. Comme si celui-ci l’avait usé à jamais, et cela dès le bout d’essai, puis à la conférence de presse au Festival de Cannes 1971, où il le décrivit comme "The most beautiful boy in the world".
À la sortie du documentaire, l’acteur avait 66 ans et il avait déclaré à Variety : "I wasn’t prepared for that. I remember when he posed me with one foot against the wall, I would never stand like that. When I watch it now, I see how that son of a bitch sexualized me".
Le film a été sélectionné au Festival de La Rochelle 2021, 50 ans après Mort à Venise, mais est resté inédit en salle en France.