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Cord of Life (the) (2021)
de Sixue Qiao
publié le mercredi 5 novembre 2025

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection du Tokyo International Film Festival 2022

Sortie le mercredi 5 janvier 2025


 


Arus, un jeune musicien, retourne en Mongolie intérieure, à la campagne, pour prendre soin d’une mère atteinte d’Alzheimer que son frère ne peut plus prendre en charge en ville. En rupture, par son métier et son mode de vie, avec son monde d’enfance, son parcours s’apparente à un road-movie efficace, où l’enfant, devenu le parent d’une aïeule infantilisée, reprend racine au cœur d’une culture en voie de disparition. Soit un double couperet qui nimbe chaque action, costume, danses ou détails entrant dans le cadre élégamment mobile de l’auteure, d’une nature fragile et vulnérable. Ce retour aux sources est donc l’opportunité pour Sixe Qiao de participer à la préservation de ce milieu, dans un geste d’écologie culturelle.


 

Pour ce faire, l’auteure a l’intelligence d’éviter tout esprit de sérieux moraliste ou cérémonieux, grâce à deux choses.
Premièrement : l’humour. Un humour naissant de l’impuissance d’un artiste propulsé dans une nature sauvage qu’il ne maîtrise pas et qui, ne sachant comment gérer une démence, commet beaucoup d’erreurs amenant péripéties et rebondissements (ce qui maintient le suspense actif tout au long). Un aspect qui donne au film, par instant, des airs burlesques, sachant que l’opiniâtreté avec laquelle le jeune homme s’obstine révèle son courage et provoque l’empathie.


 

Deuxièmement : le recours à un symbolisme marqué, comme cette corde qui rattache le héros à sa mère par mesure de sécurité, évoquant un cordon ombilical, ainsi qu’à des événements de nature fantastique. L’un et l’autre, filmés de façon naturaliste, vont en augmentant au fil de l’intrigue et témoignent de l’évolution des personnages, de l’impact de leur retour commun aux sources et de leur nouvelle relation. L’ensemble enrobe l’histoire d’une poésie efficace et enchante des scènes qui auraient pu faire tomber le film dans le mélodrame facile


 

L’écueil est aussi intelligemment évité grâce au jeu des acteurs. Ceux-ci, par leur interprétation retenue et une intériorité subtilement rendue, compensent les mouvements d’appareil expressifs, le symbolisme métaphorique évident ou le lyrisme esthétique trop marqué. Le tout permet au film d’atteindre un équilibre qui immerge aisément le spectateur et procure à l’œuvre le ton juste. Qui plus est, les nouvelles technologies présentes, outre le fait qu’elles génèrent un décalage tragicomique, déclenchent, par le traitement que leur réserve l’auteure, une série de questions politiques et sociales qui enrichissent l’œuvre.


 

Sans les juger, la réalisatrice met en scène les effets positifs et négatifs de ces outils. Elle montre comment ils peuvent servir les talents d’artistes, aussi bien qu’isoler et détruire le tissu social et culturel, en créant des frontières infranchissables (aussi bien que les propriétés d’un capitalisme moderne) dans des espaces supposés ne pas en avoir. C’est là parfois l’origine de l’arrêt des mouvements de caméra ou des corps au sein d’une steppe mongole qui devraient le permettre.


 

La subtilité de la caractérisation complexe des personnages témoigne de la qualité de l’approche de la réalisatrice. Une qualité que l’on retrouve dans la richesse de la compositions de ses cadres, qui magnifient la puissance des paysages de Mongolie intérieure, ainsi que dans le rythme et l’efficacité du montage. On peut cependant regretter une musique convenue et sirupeuse, trop prompte à surligner l’émotion là où il n’y en a pas besoin. D’autant plus que le métier du héros, un artiste spécialisé dans la composition de mélodie à partir de sons du quotidien offrait l’opportunité de sortir des sentiers battus et d’expérimenter. Malgré tout, The Cord of Life est un beau film émouvant, qui a quelque chose de l’alliance du néoréalisme italien et d’un film politisé de Naomi Kawase.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma en ligne directe


The Cord of Life (Qi dai). Réal, sc : Sixue Qiao ; ph : Yu Cao ; mont : Zhang Yifan ; mu : Urna Chahar-Tugchi, Unur & Yider ; déc : Ziran Zhao ; cost : Zhou Li. Int : Badema, Yider, Nahia, Surya, Zola (Chine, 2021, 96 mn).



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