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Renaître (2025)
de Rémi Lange
publié le mercredi 26 novembre 2025

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 26 novembre 2025


 


On ne présente plus Rémi Lange. Depuis 1997, il sort régulièrement des films et de manière tout à fait underground. Son premier long métrage, Omelette, en 1997, avait un peu défrayé la critique et la chronique, puisqu’il représentait le premier témoignage autofilmé et autoproduit d’un coming out homosexuel, distancié et plein d’humour. Il avait été suivi de près par Les Yeux brouillés (2000) et, bien plus tard comme un aveu de durée malgré tout, L’Œuf dure (2019). Depuis, il a fait école et on ne compte plus les films de ce genre, et ce dans tous les pays. Il revient avec Renaître qui semble s’éloigner - mais pas complètement puisque Rémi Lange est l’un des fondateurs du festival LGBTQI - du combat des homosexuels pour leurs droits.


 


 

Ici, dans les calanques de Marseille, on dirait qu’il lorgne du côté de Harold et Maude de Hal Ashby (1971), mais aussi de Tous les autres s’appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder (1974) en un peu plus trash. Qu’on en juge : à la fin des années 2024, après la mort de son jeune mari comédien, Rose, artiste sexagénaire, tente de surmonter son deuil avec l’aide d’Ivan, son ami gay.


 


 


 

Ce dernier lui présente des "beaux gosses" comme elle les aime, dans l’espoir de lui redonner goût à la vie. Le premier, Rémi, est un ancien professeur, aujourd’hui sans abri, qui lutte pour retrouver sa dignité. Le second, Omar, est un danseur congolais sans-papiers qui est prêt à tout pour s’en sortir. C’est avec lui qu’elle va réapprendre à vivre et à aimer follement dans un petit appartement donnant sur la mer et orné de tout le décorum du style mortuaire mexicain, avec têtes de morts piquées de marguerites à foison, si bien que même les tasses, les sous-tasses, les Kleenex et le papier toilette y sont à leur effigie. Rémi Lange, qui apparaît lui-même dans le film, fait preuve d’inventivité et de sensibilité. Même si son film peut parfois sembler cru, il milite pour le droit des laids et des laides d’aimer "sans délai" comme le chantait si bien Serge Gainsbourg, et pour la liberté sexuelle même si, parfois, il faut, pour ce faire, un peu forcer le destin.


 


 


 

Le réalisateur, comme pour tous ses films, est sur tous les fronts : l’image, le son, le montage son et image et le scénario. Conseillé par un autre réalisateur provocateur comme lui, Philippe Barassat, dans son film, il parle d’amour, de solitude et des diverses manières d’y remédier, pas toujours très "catholiques", mais très cahotiques. Rémi Lange réaffirme encore une fois sans faillir son sens de l’humour et son jusqu’au-boutisme allant là où les autres ne vont pas, quitte à déranger, ne reculant devant aucune scène sexuelle avec nudités troublantes sur le corps fatigué de Rose, grande amoureuse de la vie. Jean Cocteau, un poète inspirateur de Rémi Lange, disait à ce sujet au nain Piéral : "Dérange-les, c’est ce que tu peux leur faire de mieux".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


Renaître. Réal, mont : Rémi Lange ; sc : R.L. & Ivan Mitifiot ; ph : R.L. & Cédric Denonfoux ; mu : Laurent Borel, Thomas Lesueur & Philippe Mendelssohn. Int : Rose Portes, Herman Kimpo, Manuel Blanc, Ivan Mitifiot, Béatrice de Staël, Rémi Lange (France, 2025, 95 mn).



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