par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection de la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 3 décembre 2025
Dans cette ferme familiale où Naw vit avec ses frères et son père, l’arrivée au village de la sublime Sandra éveille ses sens et surtout ses démons, qu’elle pense avoir hérité de sa mère défunte. Hantée par la montée du désir et l’attirance pour le dépassement de soi, Naw se laisse prendre à des pensées diaboliques.
Que ma volonté soit faite est le deuxième long métrage de Julia Kowalski, qui opte, par son titre au genre possessif et son déroulé narratif, pour la volonté humaine contre la volonté divine. Un film non-religieux donc, sur le thème de la croyance entre forces surnaturelles et magie noire. Les personnages contrastent, par leur jeunesse et leur grâce, avec le paysage vendéen, venteux et boueux. Le rythme très lent s’attarde sur les visages, puis s’accélère dans une action emportée, risquée et dangereuse. La tristesse du regard des femmes correspond à la brutalité et au côté primaire des hommes.
C’est comme si se révélait, dans une possible improvisation du récit filmique, un versant inconnu qui autoriserait l’histoire à vivre un dérapage vers le trash ou le fantastique. Afin d’accéder finalement à la pensée que la sauvagerie, la cruauté et la monstruosité humaine seraient une valeur artistique.
À noter à ce propos, le talent du chef-op, Simon Beaufils, lors du tournage du viol. Cette scène, marquée par l’opposition entre la blancheur de la jambe de Sandra et l’obscurité de la forêt, frappe par son esthétisme et son filmage étonnant, à distance, afin qu’elle soit perçue sans être vraiment visible. Un plan qui évoque également l’éventualité de considérer la violence comme une délivrance.
Que ma volonté soit faite approfondit l’attachement de Julia Kowalski pour le Beau, en y introduisant une modernité de style, à travers le personnage de Naw, silhouette nue recouverte de boue, se déplaçant à la manière d’une artiste en pleine performance, égarée peut-être dans l’esprit d’un film de Carl Theodor Dreyer, indiscutablement charnel.
Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Que ma volonté soit faite (Her Will Be Done). Réal : Julia Kowalski ; sc : J.K. & Simon Beaufils ; ph : Simon Beaufils ; mont : Isabelle Manquillet ; mu : Daniel Kowalski ; déc : Anna Le Mouël ; cost : Jérémy Prudent. Int : Maria Wróbel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibiński, Kuba Dyniewicz, Przemysław Przestrzelsk, Raphaël Thiéry, Jean-Baptiste Durand, Eva Lallier Juan (France-Pogne, 2025, 95 mn).