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Fuori (2025)
de Mario Martone
publié le mercredi 3 décembre 2025

par Frédérique Lambert
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025

Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 2025

Sortie le mercredi 3 décembre 2025


 


Fuori de Mario Martone est bien plus qu’un biopic : c’est un geste cinématographique radical, à l’image de Goliarda Sapienza (1924-1996), intellectuelle insoumise et méconnue.


 

Inspiré de L’Université de Rebibbia, récit de son incarcération pour vol, le film trace le portrait d’une femme qui choisit d’aimer, d’écouter, de partager l’existence des marginales (1). Rejetée par les cercles littéraires, Golliarda Sapienza (Valeria Golino, magistrale) se retrouve parmi des femmes anonymes - prostituées, toxicomanes - incarcérées. Elle ne les observe pas, elle les rejoint.


 

Ce parti pris fait de Fuori un film profondément féministe et politique, proche des courants intersectionnels : la domination ne se joue pas que dans l’exclusion intellectuelle, mais aussi dans la classe, le genre, et le mépris social.


 

Valeria Golino incarne avec intensité cette figure de la transgression, proche de William Burroughs ou de Jean Genet, mais avec une sensualité lucide et indocile. Elle noue des liens intimes avec Roberta (Matilda De Angelis) et Barbara (Elodie), jeunes détenues charismatiques, sans condescendance ni hiérarchie. Le désordre devient méthode, la prison, terrain d’émancipation.


 

La mise en scène épouse cette liberté : le montage non linéaire de Jacopo Quadri fragmente le temps, installe une confusion volontaire entre passé, présent et avenir. L’image granuleuse de Paolo Carnera, la musique délicate de Valerio Vigliar, renforcent l’impression d’une temporalité suspendue, comme une mémoire à vif. L’espace clos devient théâtre d’une parole libérée. Sapienza ne sort jamais vraiment : dehors comme dedans, l’ordre patriarcal persiste.


 

Fuori n’idéalise rien. Le film affirme que la vraie subversion est d’aimer les exclues, de leur accorder une écoute active, d’ériger le désordre en principe d’écriture. Dans la lignée de Audrey Diwan ou Alice Rohrwacher, Mario Martone signe ici un film grave, nu, charnel. Un hommage vibrant à une voix trop libre pour les canons officiels. Une ode rare à la pensée hors cadre - littéraire, politique, féministe.

Frédérique Lambert
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025

1. Goliarda Sapienza, L’università di Rebibbia, Milan, Rizzoli, 1983. L’Université de Rebibbia, traduction de Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2019.


Fuori. Réal : Mario Martone ; sc : M.M. & Ippolita Di Majo ; ph : Paolo Carnera ; mont : Jacopo Quadri ; mu : Valerio Vigliar. Int : Valeria Golino, Matilda De Angelis, Elodie, Corrado Fortuna, Stefano Dionisi, Antonio Gerardi, Sylvia De Fanti, Francesco Gheghi (Italie-France, 2025, 115 mn).



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