par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection officielle Séance spéciale du Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 3 décembre 2025
Au départ, il y a la volonté chez Romane Bohringer d’adapter au cinéma le livre (1) que Clémentine Autain, députée NFP de Seine- Saint-Denis, vient d’écrire sur sa mère, la comédienne Dominique Laffin (1952-1985), disparue à l’âge de 33 ans.
Si le détour par la fiction, dans ce deuxième film, lui apparaît un temps comme une option souhaitable - elle auditionnera notamment Julie Depardieu ou Elsa Zylberstein, dans le rôle de Dominique Laffin -, la similitude de situation entre le récit de Clémentine Autain et son histoire à elle, Romane Bohringer, qui a été abandonnée par sa mère, morte à l’âge de 36 ans, alors qu’elle n’avait que neuf mois, va l’inciter à réaliser ce curieux objet cinématographique, entre auto-fiction - le cas échéant, par personne interposée - et portraits en miroir.
Elle décide de confier à Clémentine Autain, la lecture de son propre texte devant la caméra, tandis que le rôle de Dominique Laffin, cette actrice ayant illuminé le ciel du cinéma français vers la fin des années 1970 - La Femme qui pleure de Jacques Doillon (1979) -, se voit confié à une comédienne peu connue, Eva Yelmani.
Si les allers-retours entre les deux trajectoires auxquels procède le film ne sont pas exempts d’une certaine raideur, Romane Bohringer se recentre par la suite sur la destinée de sa propre mère,"Maggie", une femme qui, telle Dominique Laffin, se voulait libre, tout en étant prisonnière de différentes addictions. C’est aussi le portrait d’une époque auquel se livre Dites-lui que je l’aime dans son approche documentaire...
Tout compte fait, l’ouvrage émeut, aussi bien par le manque que finissent par convier ces deux figures de femmes trop vite disparues que par la présence quasi légendaire qu’elles semblent susciter dans l’esprit des survivants. Au premier rang de ceux-ci, bien entendu, le père de Romane, Richard Bohringer, qui apparaît fugitivement dans le film.
Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
1. Clémentine Autain, Dites-lui que je l’aime, Paris, Grasset, 2019. Le titre du livre est également celui du film de Claude Miller (1977), le 3e film où a joué Dominique Laffin.
Dites-lui que je l’aime. Réal : Romane Bohringer ; sc : R.B. & Gabor Rassov d’après le livre homonyme de Clémentine Autain ; ph : Romain Carcanade ; mont : Céline Cloarec & Amélie Massoutier ; déc : Rozenn Le Gloahec ; cost : Céline Guignard Rajot. Int : Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Josiane Stoléru, Jeanne Ferron, Aurélien Chaussade, Dominique Frot, Céline Sallette, Julie Depardieu, Elsa Zylberstein, Raoul Rebbot-Bohringer (France, 2025, 92 mn).