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Rak (1972)
de Charles Belmont
publié le mercredi 4 février 2026

par Bernard Trémège
Jeune Cinéma n°63, mai-juin 1972

Sorties le vendredi 7 avril 1972 et le mercredi 4 février 2026


 


1968. Charles Belmont porte à l’écran le roman de Boris Vian, L’Écume des jours. Prouesse d’adaptation pour qui ne veut pas trahir ni décevoir les vrais mordus de Boris Vian (1).
1972. Il écrit et réalise Rak, Sami Frey explose de talent dans un film ayant pour exergue : "On ne tombe pas malade par hasard ; les conditions de vie influent sur la maladie".
La prise de position de Charles Belmont sur la médecine est claire et précise. Point de schéma, une étude. Le film commence sur un diagnostic de mise à mort et se termine par un éclat de rire. Entre temps, un lourd réquisitoire accable la médecine. Charles Belmont ne caricature pas. Même la visite du patron est d’une objectivité remarquable, sauf pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds à l’hôpital ou pour les intéressés eux-mêmes. Au contraire, la compétence de chacun n’est jamais mise en doute, ni l’acte médical pur.


 


 

Il n’en reste pas moins que la médecine n’est pas une science exacte. Rak démontre que les premiers à l’oublier sont les médecins, derniers contacts de notre civilisation avec les demi-dieux. Et les malades, qui sont-ils pour le médecin ? Un simple support de la maladie. Le lit n°4, c’est le dossier 225, lequel est "un foie". À sa sortie, il retrouvera sa tenue civile et, en échange de son numéro de sécurité sociale, son identité.
Ce n’est pas l’acquisition des connaissances médicales en tant que telle qui est mise en cause, mais le système auquel elle est censée se soumettre. L’hôpital, dernier rempart de la véritable médecine, devient une Bastille à prendre et qui s’écroule. Pourquoi sacraliser le quotidien ? Pourquoi annihiler le malade au profit de la maladie ? Pourquoi lui interdire de savoir ? La triste confession de Maurice Garrel en médecin de famille, ex-médecin du travail dans une mine du Nord de la France, est une accusation directe d’une médecine basée sur le profit.


 


 

Le film de Charles Belmont a le grand mérite de ne faire aucune concession à la facilité. De la première image à la dernière, le ton est juste, et jamais le corps médical français n’avait eu l’occasion de voir la véritable image de ce qu’il est devenu. Puisse-t-il donner aux malades que nous sommes, ou que nous serons, la force de revendiquer notre corps et notre esprit devant la maladie, et au médecin celle de comprendre enfin que la médecine n’est pas l’affaire d’une caste au service d’une autre. La médecine est affaire de tous.

Bernard Trémège
Jeune Cinéma n°63, mai-juin 1972

* Cf. "Entretien avec Charles Belmont", Jeune Cinéma n°64, juillet-août 1972.

1. "L’Écume des jours", et Entretien avec Charles Belmont, Jeune Cinéma n°30, avril 1968.


Rak. Réal, sc : Charles Belmont ; ph : Jean-Jacques Rochut ; mont : Marielle Issartel ; mu : André Hodeir. Int : Sami Frey, Lila Kedrova, Anne Deleuze, Maurice Garrel, Philippe Léotard, Noëlle Leiris (France, 1972, 90 mn).



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