Rolling Stones - At the Max, coréalisé par Julien Temple, David Douglas, Roman Kroikor, Noel Archambault & Christine Strand, est le premier concert filmé avec des caméras Imax équipées de pellicule 70 mm. Pathé Live sort ce film de 1991, restauré et remasterisé en numérique, dans trente salles Imax de l’Hexagone, à l’occasion des trente-cinq ans de la tournée Steel Wheels / Urban Jungle du groupe formé par Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts, Ronnie Wood & Bill Wyman (1).
Techniquement parlant, rien à dire : la qualité de l’image et celle du son sont sensationnelles. Nous n’avons noté qu’un seul plan, très bref, presque imperceptible, en début de bande, présentant une légère désynchronisation, les lyrics ne correspondant pas exactement aux mouvements des lèvres de Mick Jagger. La production s’est donnée tous les moyens disponibles à la fin du 20e siècle pour enregistrer les images analogiques et les multiples pistes magnétiques audio, les monter, les étalonner, les mixer, récupérer astucieusement une partie des captations en vidéo 3/4 de pouces. Imax s’est doté d’un système de "remastérisation" maison, le DMR (Digital Media Remastering) qui a permis d’obtenir un son idéal, d’esprit rock, proche de la signature Rolling Stones fixée dans les années 1970 dans les albums et en concert, en encore plus net et précis, puissant et subtil - les voix des trois choristes afro-américains nous parviennent via les enceintes latérales.
La résolution de l’image est optimale, avec du piqué et une grande profondeur de champ. Une quinzaine de caméras disposées frontalement, sur les côtés, à l’arrière-scène et en plongée montrent les artistes et la foule de spectateurs debout emplissant les stades londoniens, turinois et berlinois (d’ex-RDA). Nous sont proposés différents points de vue du même événement, avec des inserts de gros plans de spectateurs ayant assisté à l’un ou l’autre des cinq concerts de cette tournée européenne.
Les premiers plans montrent les artistes au pied du mur - le mur du son, cela va sans dire. Ils se saluant poliment - Mick Jagger, apparemment arrivé au dernier moment sans avoir participé aux répétitions, serre la main à l’un de ses collègues de bureau. Les roadies ou ingénieurs du son tendent des guitares accordées de fraîche date, prêtes à servir. Le batteur, Charlie Watts, ne tient pas en place et monte sur le ring en premier, suivi de ses partenaires et du chanteur vedette. Les caméras 70 mm, insonorisées par des caissons, captent tout ce qui bouge. Et tout ce qui ne bouge pas, en particulier Bill Wyman, le bassiste, impassible, jouant sur un instrument sans mécanique ni tête.
Le m’as-tu-vu Ronnie Wood, guitariste rythmique, fait le malin avec des binocles rappelant celles de Maximilien Robespierre. Le batteur a droit à des plans de taille différente. On découvre, sur sa droite, écrits à la craie en capitales, les titres de la playlist prévue pour la session. Mick Jagger, élégant, en jaquette verte de cérémonie, est pour le moment sobre vocalement et gestuellement. Keith Richards délivre les plus fameux riffs du rock. Une ligne claire sous influence Chuck Berry aux débuts, saturée dès l’adoption de la pédale d’effets historique, la Maestro Fuzz Tone. Le son des Rolling Stones, c’est lui.
Pour les besoins du film, seize morceaux ont été retenus parmi ceux joués durant l’Urban Jungle Tour : "Continental Drift" (1989), "Start Me Up" (1981), "Sad Sad Sad" (1990), "Tumbling Dice" (1972), "Ruby Tuesday" (1967), "Rock and a Hard Place" (1989), "Honky Tonk Women" (1969), "You Can’t Always Get What You Want" (1969), "Happy" (1972), "Paint It Black" (1966), "2000 Light Years from Home" (1967), "Sympathy for the Devil" (1968), "Street Fighting Man" (1968), "It’s Only Rock ’n Roll (But I Like It)" (1974), "Brown Sugar" (1971), "(I Can’t Get No) Satisfaction" (1965). Pratiquement tous des evergreens.
Keith Richards aura l’occasion de ne pas briller au chant en interprétant le morceau écrit et composé par lui, "Happy", ce qui laisse le temps à Mick Jagger de changer de tenue. "2000 Light Years from Home", filmé en vidéo U-matic par Christine Strand, sort du lot, cette assez longue séquence étant quasiment expérimentale en raison de la pixellisation obtenue au télécinéma, pleinement assumée, qui lui donne l’allure d’un clip pour MTV. Le rendu graphique de l’image va bien à cette composition de 1967, en pleine période psychédélique ; Brian Jones y joue du mellotron. C’est l’année de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et de The Piper at the Gates of Dawn des Pink Floyd.
Les Rolling Stones en général et Mick Jagger en particulier, ont été souvent filmés. Jean-Luc Godard a capté le groupe dans One + One / Sympathy for the Devil (1968). Dans Performance de Donald Cammell & Nicholas Roeg, (1970) Mick Jagger incarne une rock star déchue. Rolling Stones de Hal Ashby (1982), retrace la tournée américaine du groupe de 1981. Rolling Stones – At the Max a le mérite de présenter le groupe en pleine forme, qui plus est accompagné d’artistes talentueux : Chuck Leavell, Bobby Keys, Matt Clifford, Crispin Cioe, Arno Hecht, Hollywood Litteral, Bob Funk, Bernard Fowler, Lorelei McBroom et Sophia Jones.
Nicolas Villodre
Jeune Cinéma en ligne directe
1. Le film est sorti pour la première fois le 4 octobre 1991 à Los Angeles, et en Europe, aux Pays-Bas, le 25 octobre 1991. Il était resté inédit en France.
Rolling Stones - At the Max. Réal : Julien Temple, David Douglas, Roman Kroikor, Noel Archambault & Christine Strand ; ph : David Douglas & Andrew Kitzanuk ; mont : Daniel Blevins Jim Gable Lisa Grootenboer & Toni Myers. Avec Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts, Ronnie Wood, Bill Wyman, Chuck Leavell, Bobby Keys, Crispin Cioe, Arno Hecht, Hollywood Paul Litteral, Bob Funk, Bernard Fowler, Lorelei McBroom, Sophia Jones (Canada-Irlande-USA, 1991, 93 mn). Documentaire.