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Résurrection (2025)
de Bi Gan
publié le mercredi 10 décembre 2025

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025

Sélection officielle En compétition du Festival de Cannes 2025

Sortie le mercredi 10 décembre 2025


 


Ne serait-ce qu’au vu des avis négatifs suscités par le nouveau film de Bi Gan, on a envie de défendre ce Résurrection, sauvé in extremis pour participer à la sélection officielle : "Il faudrait monter le film avec plus de liant et laisser respirer les personnages", "Même en recomposant sans cesse son style visuel comme si l’inspiration débordait de partout, le film restera en manque cruel d’images qui transportent", "Un sentiment d’ennui nous a saisis durant les deux heures quarante de la projection, le film ne s’imprimant pas réellement dans la rétine", etc.


 


 

Résurrection doit être pris en bloc, même s’il s’agit d’un film extrêmement composite sur le plan stylistique, encore davantage que le précédent film de Bi Gan, Un long voyage vers la nuit (2018), dont la seconde partie était filmée en 3D. Cette fois, le récit est structuré en cinq segments, dont chacun est consacré à un sens (vue, ouïe…) mais qui, tel Les Mille et Une Nuits, procure la sensation de pouvoir se perpétuer à l’infini.


 


 

La première histoire, peut-être la plus "programmatique", débute à l’époque du muet (reconstitué en couleurs). Une femme - Shu Qi, inoubliée dans Millenium Mambo de Hou Hsiao-hsien (2001) - raconte un monde où la plupart des humains ne savent plus rêver. Pour eux, la vie continue, tout simplement, alors que d’autres, les "rêvoleurs", s’immergent en cachette dans leurs songes.


 


 

De là, le film nous transporte d’un univers expressionniste (tendance germanique) fait de monstres et de vampires, à un réalisme qu’on n’ose qualifier de poétique, même s’il en vient à célébrer l’aurore d’un amour. Entre autres merveilles, un épisode au moins réussit à suggérer simultanément un homme en train de dormir et le contenu même de son rêve.


 


 

Si Résurrection peut se voir comme une ode au cinéma (finissant ?), une lecture anticapitaliste - "les rêvoleurs" pareils aux révolutionnaires - apparaît tout aussi pertinente : "Qu’est-ce qui emplit un espace ?" demande l’enfant, "L’argent", répond l’homme, "Non, la lumière", rétorque l’enfant. Parfois, on se dit qu’il vaudrait mieux oublier Résurrection après l’avoir vu…

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025


Résurrection (Kuang Ye Shi Dai). Réal, sc, mont : Bi Gan ; sc : Zhai Xiaohui ; ph : Dong Jingsong ; mont : Bai Xue ; mu : M83. Int : Yee Jackson, Shu Qi, Mark Chao (Chine, 2025, 160 mn).



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