par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025
Sélection officielle En compétition du Festival de Deauvile 2025
Sortie le mercredi 17 décembre 2025
Originaire du sud-ouest du Colorado, Max Walker-Silverman, 32 ans, réalise en 2022 son premier long métrage A Love Song, dont il dit avoir rédigé le scénario à partir d’une image et d’un sentiment, sans oublier la sublime musique de la guitare folk et blues de Jake Xerxes Fussell. Rebuilding, trois ans plus tard, s’ouvre sur les incendies qui se répètent, chaque année plus violents, aux États-Unis. C’est sur ce territoire en cendres que le cowboy Dusty (Josh O’Connor) mène ses pas. Comme d’autres de ses amis, il a tout perdu, son ranch et ses vaches. Autour de lui, restent sa fille Callie-Rose (Lily La Torre), sa femme Ruby (Meghann Fahy), dont il est séparé et quelques individus bien sympathiques, comme la généreuse Mila (Kali Reis) toujours prête à rendre service. C’est un film de peu d’action, de peu de paroles, constitué de temps arrêtés sur les visions du désastre, de visages en gros plans, celui du cowboy en particulier. Une atmosphère pas si lointaine de Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone (1968), et la musique de Ennio Morricone qui, entrecoupée de silences, rythme l’écoulement du temps. Mais Rebuilding n’a pas sa violence, le réalisateur, sensible à la nature et aux catastrophes dues au réchauffement climatique, observe et questionne les lieux et leur devenir. Et dans la simplicité (relative) de son scénario, il s’intéresse à l’âme humaine face à la précarité du monde.
Ainsi, s’installe une métaphysique. Une sensation de vide entoure Dusty, comme si nous avions à faire à un personnage de documentaire filmé à son insu, dans l’instantané du présent. Un présent rendu très vite intemporel par l’étirement de l’inaction et/ou la fixité du désarroi. Cette vacuité est inhabituelle et assez audacieuse pour un western, genre où on apprécie les rebondissements de l’histoire et l’abondance des personnages. Et dépeindre cette vacuité à travers le personnage principal dont le rôle est à ce point psychologique, n’a rien d’évident. L’homme isolé, littéralement abasourdi par le poids du sinistre, vidé de toute énergie de vivre, tourne sur lui-même en foulant la terre cendreuse sèche et noircie, plusieurs jours durant. Cette première partie ainsi soutenue par l’acteur est un chef-d’œuvre de cinéma mental, époustouflant par sa lenteur et sa durée.
Seule sa fille choisit de rester à ses côtés, pressentant une filiation de résistance avec son père. Le réalisateur, poussé par l’obligation de faire récit, dépeint le personnage désemparé par la réalité obsédante du feu. Et lentement, au fil du temps, il découvre en lui et autour de lui, un monde vivant d’individus, comme lui dépossédés de tout. La solitude et la mélancolie cèdent alors la place au sentiment de la collectivité et à l’empathie. Rebuilding est un film sur la reconstruction dans tous les sens du terme, physique, économique, psychique, d’une durée qui semble immobile dans sa dépendance à l’espérance des êtres et à leur résilience. Ainsi se met en place sur la terre même du drame, un village de mobil-homes dont les occupants, ensemble, sont prêts à une nouvelle vie.
Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025
Rebuilding. Réal, sc : Max Walker-Silverman ; ph : Alfonso Herrera Salcedo ; mont : Jane Rizzo ; mu : Jake Xerxes Fusell & James Elkington, cost : Lizzie Donelan. Int : Josh O’Connor, Maghann Fahy, Kali Reis, Lily LaTorre, Amy Madigan, David Bright, Christopher Young (USA, 2025, 95 mn).