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In the Soup (1992)
de Alexandre Rockwell
publié le mercredi 7 janvier 2026

par Andrée Tournès
Jeune Cinéma n°217, octobre 1992

Sélection officielle du Festival de Sundance 1992
Grand Prix du Jury

Sorties les mercredis 7 octobre 1992 et 7 janvier 2026


 


De Alexandre Rockwell, nous connaissions Lenz (1981), un film expérimental inspiré de la nouvelle de Georg Büchner (1813-1837) qu’avait présenté le Forum de Berlin en 1981, et son deuxième film, Hero (1983), plus linéaire et accessible : il s’agissait de deux enfants que protégeait une jeune Mexicaine et qui partaient avec elle à travers l’Amérique à la recherche d’un père éventuel et d’une terre. Déjà comme dans In the Soup, des solitaires exclus de la société qui cherchaient à se tenir chaud.


 


 


 

Le film raconte la rencontre et l’amitié imprévue d’un cinéaste fauché et d’un gangster qui, séduit par l’ingénuité du jeune homme, veut financer son film. Le projet initial où, selon un scénario-fleuve, Friedrich Nietzsche et Fiodor Dostoïevski jouent au billard, se transforme peu à peu sous l’influence du gangster Bob, qui réclame un film qu’il puisse comprendre et une histoire d’amour.


 


 


 

Par ailleurs, le jeune intello va suivre son nouveau copain dans une série d’entreprises peu respectueuse du bien d’autrui.


 


 


 

On pourrait opposer cent raisons d’aimer le film à ceux qui disent, comme un critique un peu chagrin à Venise, "Ce n’est pas grand-chose". Le sujet lui-même, la passion têtue d’un jeune homme fauché pour son projet et les compromis acceptés ou refusés, la caricature rigolote de tout un petit monde américain : celui des producteurs, les petits et plus gros gangsters, les voisins de palier, une latino affligée de toutes sortes de frères et qui cherche un mariage blanc...


 


 


 

Mais aussi la chaleur d’une intrigue où, comme dit Alexandre Rockwell des films de John Cassavetes, se tisse une relation entre des gens, les gags à profusion ; l’ironie du commentaire en voix off que contredisent sans cesse les images ; le jeu fabuleux de Seymour Cassel qui incarne le gangster et ruisselle de joie de vivre et de jouer, etc.


 


 


 

Mais ce qu’on ne peut pas analyser, c’est le ton rare du film, quelque chose entre Bagdad Café de Percy Adlon (1987) en plus farfelu (1) et Hallelujah les collines de Adolfas Mekas en plus nerveux (2) ; des gags qui n’obéissent pas au mécanisme de la comédie mais virent à la poésie, du nonsense sans dérision ; du comique d’où surgit l’émotion, un voleur qui converse la nuit avec son volé amnésique et solitaire ; deux collecteurs de loyers qui chantent en duo quand la locataire s’exécute et menacent d’arracher l’œil du cinéaste ; un gangster qui apparaît dans le lit du jeune homme et meurt comme dans un polar de John Huston ; une affirmation de vie, disent les acteurs, une histoire d’amour sur l’écran et en coulisse, un film jubilant.

Andrée Tournès
Jeune Cinéma n°217, octobre 1992

* Cf. aussi, "Conférence de presse de Alexandre Rockwell", Jeune Cinéma n°217, octobre 1992.

1. "Bagdad Café", Jeune Cinéma n° 189, juillet 1988.

2. "Hallelujah les collines", Jeune Cinéma n°361-362, automne 2014.


In The Soup. Réal : Alexandre Rockwell ; sc : A.R. & Sollace Mitchell ; ph : Phil Parmet ; mont : Dana Congdon ; mu : Mader ; cost : Elizabeth Bracco. Int : Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals, Jim Jarmush, Stanley Tucci, Carol Kane (USA, 1992, 95 mn).



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