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Tout va bien (2025)
de Thomas Ellis
publié le mercredi 7 janvier 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025

Sortie le mercredi 7 janvier 2026


 


Depuis plus de dix ans, la télévision et les documentaires nous ont montré l’exil, les migrants, les morts en mer, témoignages toujours basés sur les traversées, les errances en Sicile ou en Grèce, les noyés sur les plages et ces hommes entassés sur des radeaux de fortune. Après quinze ans passés en Asie du Sud - en Inde, au Pakistan et en Afghanistan -, Thomas Ellis, se pose à son tour la question de la crise migratoire, constatant que les déplacements de population actuels sont toujours racontés sous l’angle du départ ou du voyage. En arrivant à Marseille, il va sans le vouloir retourner la situation, en observant la vie de ces tout jeunes arrivés à Marseille pour y commencer une nouvelle vie, ou en tout cas l’espérer. C’est pourquoi il est impératif de dépasser les dix premières minutes de ce documentaire, partagé entre une mise en scène onirique subaquatique et des caméras qui suivent de jeunes silhouettes, pour s’intéresser peu à peu à ces histoires de vie concassées et pourtant pleines de résilience.


 


 

Thomas Ellis n’est pas arrivé à Marseille avec ses gros sabots et sa caméra, et c’est peut-être ce qui fait toute sa force. Il a commencé, dès décembre 2019, à observer ces jeunes particulièrement étonnants, contactant les associations qui s’occupent de leur mise à l’abri, visitant des foyers, sans filmer. Il a rencontré des ados avec une force de vie incroyable, une envie d’apprendre le français, de trouver leur place à l’école, seuls, sans parents. Il en a fait les personnages de son film dès qu’il a obtenu, de la part de la Protection de l’Enfance, le droit de les filmer.


 


 

Ces héros et héroïnes ont tous des noms, des visages, une beauté intérieure et extérieure qui fait que le spectateur se prend d’empathie pour ces vies si fragiles et si puissantes. Il y a le jeune Africain Junior, d’une rare élégance et d’une beauté lumineuse, qui veut devenir champion de foot ou serveur au Plaza Athénée ; la jeune Aminata, découverte lors d’un atelier d’écriture, qui n’est pas venue en France pour retourner se marier de force et obéir aux diktats de sa famille, ainsi qu’elle le crie à sa mère au téléphone ; le mutique Khalil qui ne parle pas un mot de français, mais dont un sourire solaire illuminera le visage le jour où il aura réussi son rêve de devenir apprenti et, enfin, Abdoulaye et Tidiane, rencontrés un soir qu’ils déambulaient sur la Canebière quelques jours après leur arrivée.


 


 

À ces jeunes gens, Thomas Ellis ne pose pas les sempiternelles questions sur leur traversée qu’ils veulent oublier, même si elle les hantera à jamais. En fait, il ne les questionne pas. Il les regarde évoluer, sortir de leur cocon pour devenir de beaux papillons et c’est ce qui est merveilleux avec ce film, dont même la musique de la compositrice Jeanne Susin a été pensée et créée collectivement : "Nous avions besoin d’un orchestre. L’Opéra de Marseille a été emballé par le projet. Nous avons créé des matières sonores : des "seagull-effects" comme dans la première séquence où les violons deviennent des gabians, des jeux de clés, des frottements d’archets comme des bruitages oniriques. Le thème musical a un caractère obsessionnel et répétitif, basé sur une structure modale s’inspirant des musiques orientales. Le motif est construit sur une marche harmonique qui ne se résout jamais".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025


Tout va bien. Réal, sc : Thomas Ellis ; ph : Bastian Esser ; mont : Catherine Catella & Léa Chateauret ; mu : Jeanne Susin & Oleg Ossina (France, 2025, 86 mn). Documentaire.



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