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Jusqu’à l’aube (2024)
de Shô Miyake
publié le mercredi 14 janvier 2026

par Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle au Forum de la Berlinale 2024

Sortie le mercredi 14 janvier 2026


 


Shô Miyake est un jeune cinéaste, né en 1984 à Hokkaido, dont la sélection des films en festivals a contribué à la notoriété. Un été en hiver a remporté le Léopard d’or 2025 de Locarno, Beau geste (2022) été sélectionné à la Berlinale, ainsi que, en 2024, Jusqu’à l’aube. Il se réfère à Yasujiro Ozu (1903-1963), Shinji Aoyama (1964-2022) et Hirokazu Kore-eda (né en 1962) : "Leurs films sont émotionnels et chaleureux, mais il y a toujours un fil de tristesse à l’intérieur d’eux".


 

Inspiré par le roman éponyme de Maiko Seo, Shô Miyake filme dans la banlieue de Tokyo une petite entreprise artisanale au prisme de deux jeunes gens, Misa et Takatoshi, en proie à des troubles psychiques : leur solitude, le défi quotidien pour avancer, trouver la lumière et l’équilibre dans les moments de vulnérabilité.


 


 

On découvre Misa de dos sur un banc, sous la pluie, devant un arrêt de bus. Elle récapitule ses traits de caractère à voix basse (ou monologue intérieur ?), avant de s’effondrer sous la pluie, attirant l’attention des passants qui s’inquiètent… et qu’elle envoie balader. Elle souffre de syndrome prémenstruel (SPM) qui se manifeste par un mal-être et des crises d’agressivité irrépressibles. Les thérapies médicamenteuses s’avèrent inefficaces, voire nocives, provoquant des incidents fâcheux au travail. Dans une société régie par la hiérarchie et la déférence, elle hurle à son supérieur qu’elle ne fera pas les photocopies, ou, dans une autre entreprise, elle s’endort sous la photocopieuse. Mortifiée, elle démissionne et trouve un emploi chez Kurita Science, qui fabrique des kits pédagogiques en astronomie.


 


 

Le cadre de travail sous l’égide de Kazuo Kurita - inconsolable de la mort de son jeune frère - est bienveillant et familial. Il est vigilant avec Takatoshi qu’il a engagé comme une faveur à un ami, rencontré lors d’une thérapie de groupe. Le jeune homme endure des attaques de panique. Distant, un brin dédaigneux avec l’équipe parce qu’il se sent déclassé, il espère retrouver son ancien statut.


 


 

L’antipathie réciproque se mue pour Misa en intérêt, à la première crise de Takatoshi. Dès lors, ils apprennent à se connaître, s’entraider, à prévenir les dérapages de l’autre. La création d’un planétarium itinérant, comme une échappée poétique vers le cosmos, leur redonne confiance en eux et scelle une amitié qui nous épargne la romance amoureuse.


 


 

Shô Miyake prend le temps pour saisir leur intériorité par l’image (plans fixes, cadrages minutieux), plus que par les mots. Cherchant à "explorer ce qu’est le cinéma et saisir l’essence de la vie", il exprime une conscience sociale et psychologique. Sa conception de la vie au boulot contredit le programme de la Première Ministre, Sanae Takaichi (une dame de fer nippone), adepte du surtravail (1).
Le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi, né en 1978, réalisateur de Drive My Car (2021) estime qu’il s’agit "d’un des plus grands films japonais des dernières décennies".

Claudine Castel
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Sanae Takaichi est la Première Ministre du Japon depuis le 21 octobre 2025.


Jusqu’à l’aube (Yoake no subete) aka All the Long Nights. Réal : Shô Miyake ; sc : S.M. & Kiyoto Wada d’après le roman de Maiko Seo ; ph : Yûta Tsukinaga ; mont : Keiko Okawa ; mu : Hi’Spec. Int : Mone Kamishiraishi, Hokuto Matsumura, Ken Mitsuishi, Kiyohiko Shibukawa, Sawako Fujima, Ryô (Japon, 2024, 119 mn).



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