par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025
Sélection de la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 21 janvier 2026
Anne Émond, dont c’est le cinquième long métrage (Grand prix à Cabourg 2025), nous parle d’amour afin d’arriver à comprendre comment celui-ci parvient à ensoleiller, puis détruire, l’un après l’autre ou simultanément, la vie d’humains pris dans le vent de l’Histoire. Ce film canadien raconte une histoire banale en soi. Propriétaire d’un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne téléphonique de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c’est l’amour !
On croit qu’en appelant une compagnie, on tombe sur des robots… Pas toujours : la belle Tina est bien en chair et en os et elle finira même par s’incarner dans la vie un peu bordélique d’Adam, coincé entre un père envahissant et des potes célibataires endurcis, et qui n’est pas le premier homme à craindre la vie et la pollution.
Sans être un énième film dans l’air du temps, Amour Apocalypse, s’il parle d’amour et de ses entraves, aborde aussi le sujet de notre monde privé de repères et agressé par de nombreuses difficultés d’ordre informatique, psychologique ou même de santé, tout simplement à cause de la pollution grandissante et des nouveaux virus menaçants. La réalisatrice l’a écrit à un moment où elle aussi se trouvait dans la même position que son personnage. Elle avoue avoir traversé un sérieux moment de détresse dans la norme de l’époque : dépression, angoisse, éco-anxiété, sentiment de vide, peur du futur. Étrangement, c’est une comédie loufoque, absurde, romantique et chaotique qui est né de cette souffrance.
Conséquemment, ce film garde cependant une haute teneur en éveil des consciences, mais sans le discours écologique qui souvent fait repoussoir. Certes, la réalisatrice flirte parfois avec une certaine facilité et aussi une fausse naïveté, avec lesquelles elle sait toutefois jouer pour obtenir une œuvre à la fois tout public, avisée et militante, sans trop tirer sur la corde de la sensiblerie ou du véganisme.
Un juste équilibre donc qui rend le film agréable et convaincant, notamment grâce à la photo de Olivier Gossot, au travail de montage intelligent et efficace de Anita Roth, et bien sûr à l’interprétation en harmonie des deux personnages principaux, Patrick Hivon et Piper Perabo, actrice américaine révélée par la comédie dramatique et musicale Coyote Girls (1). Et, bien évidemment, le scénario conçu et écrit par Anne Émond.
Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025
1. Coyote Girls (Coyote Ugly) de David McNally (2000), boudé par la Critique, est un succès avec plus de 113,9 millions de dollars de recettes mondiales.
Amour Apocalypse aka Peak Everything. Réal, sc : Anne Émond : ph : Olivier Gossot ; mont : Anita Roth ; mu : Christophe Lamarche-Ledoux. Int : Patrick Hivon, Piper Perabo, Gilles Renaud ; Elizabeth Mageren, Connor Jessup (Canada, 2025, 100 mn).