Ferzan Özpetek, réalisateur turco-italien, né à Istanbul en 1959 et installé à Rome en 1976, a réalisé seize films en vingt-sept ans de carrière, une production abondante comme l’est son goût pour les univers foisonnants de vie, de travail, de caractères et d’histoires. Diamanti ne déroge pas à la règle et met en scène un réalisateur italien reconnu, qui réunit, dans les années 1970, ses actrices préférées dans l’atelier de couture de Umberto Tirelli et Francesco Trappetti à Formello, une ville proche de Rome. Atelier spécialisé dans les costumes de théâtre, d’opéra et de cinéma, dirigé par les sœurs Alberta (Luisa Ranieri) et Gabriella (Jasmine Trinca), très différentes, mais aux personnalités passionnées.
Le film est grouillant et vivant de femmes, une vingtaine sur le devant de la scène, couturières, costumières, qui travaillent assidûment, échangent des idées, sélectionnent les taffetas, soies, tulles, organdis, pour leur densité, leur texture, leur finesse, leur transparence. L’atelier éclate de splendeur et de sensualité, et dans le frôlement des déplacements en tous sens des couturières, les tissus amples et larges se déploient en pleine image, dans lesquelles couleurs et matières se mêlent, s’entrelacent en composant des tableaux de toute beauté.
Un léger cliquetis des machines à coudre règne dans l’espace tandis que les femmes travaillent, évoquant leurs difficultés, parfois leurs tourments et les drames de leur vie, de leurs amours. La mise en scène rejoint dans ces instants celle de l’opéra, dont Ferzan Özpetek est bon connaisseur, ayant monté à Florence et à Naples, trois opéras, Aida et La Traviata de Verdi, et Madame Butterfly de Puccini.
La narration se déroule dans un lieu clos, les actrices / couturières sont présentes, toutes ensemble, comme dans un film choral, ou par petits groupes, ou parfois seule. Au long du film, deux récits s’entrecroisent, d’une part le travail des couturières, d’autre part, de façon souterraine, leur ressenti existentiel, rythmé par musique de Giuliano Taviani et Carmelo Travia, montée avec d’autres extraits (comme la célèbre valse du Guépard de Verdi / Nino Rota). Diamanti est un film grand public, porté et entraîné par toutes ces femmes, belles, vives et talentueuses, empli d’estime pour la grâce et la beauté de leur métier de couturière / costumière.
Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°440, décembre 2025
Diamanti. Réal : Ferzan Özpetek ; sc : F.Ö., Elisa Casseri & Carlotta Corradi ; ph : Gian Filippo Corticelli ; mont : Pietro Morana ; mu : Giuliano Taviani & Carmelo Travia ; déc : Deniz Göktürk Kobanbay. Int : Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Vanessa Scalera, Sara Bosi, Loredada Cannata (Italie, 2024, 135 mn).