par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
Sélection ACID au Festival de Cannes 2025
Sortie le mercredi 28 janvier 2026
Siham et Waguih ont dû laisser leur nourrisson Namir à Nermine, la sœur de Siham, et à sa grand-mère, dans leur village de Haute-Égypte en 1974, afin de poursuivre en France une vie devenue difficile pour eux là-bas. Siham est revenue le chercher deux ans plus tard.
L’attachement du réalisateur, Namir Abdel Meseeh, à sa mère, et leur connivence, étaient déjà le sujet de son film précédent, La Vierge, les Coptes et moi, en 2012. Waguih, le père, emprisonné cinq ans comme communiste, avait été libéré par Nasser fin 1959, dans le cadre de contreparties à l’aide soviétique pour le financement du barrage d’Assouan. Siham l’avait choisi, parmi de nombreux prétendants. L’alliance entre eux s’était avérée très solide : courage et fidélité, jusqu’à cette disparition de Siham, inassimilable, incompensable, laissant la famille désemparée.
Le film est fait d’archives familiales, quand elle était si vivante, de souvenirs légers, d’évocations gracieuses ou de séquences muettes, de quelques photos (Namir et ses trois mères : la belle Siham, la chaleureuse Nermine et la petite grand-mère, plus grave), quelques lettres, quelques messages sur un répondeur. Avec sa tante, Namir tente d’amener leur père à parler de leur mère et de leur vie passée.
À défaut de lui tirer des confidences - celui-ci est si réservé qu’il n’a jamais évoqué son expérience ancienne du cinéma -, il aurait dû insister pour qu’il raconte sa jeunesse militante et son incarcération, qui avait suscité tant de sympathie chez Siham.
En 2005, Namir Abdel Meseeh avait réalisé Toi, Waguih, un court métrage qui faisait allusion à ce passé. Il n’aurait pas été hors sujet d’en glisser des extraits ici, à l’usage des spectateurs français intéressés par l’époque. Par exemple, ceux qui cherchent toujours à savoir qui a tué Henri Curiel, le fondateur du Parti communiste égyptien, à Paris en 1978. Mais Namir a voulu assimiler ses propres souvenirs pour pouvoir admettre la disparition matérielle de ses parents : le cinéma peut être une bonne opération cathartique.
Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°437-438, été 2025
La Vie après Siham. Réal, sc : Namir Abdel Mesee ; ph : Nicolas Duchêne ; mont : Benoît Alavoine & Emmanuel Manzano ; mu : Clovis Schneider (France-Égypte, 2025, 80 mn). Documentaire.