par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe
Sélection officielle de la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2025
Caméra d’or 2025 et Prix du public
Sortie le mercredi 4 février 2026
Dans son village irakien, Lamia, 9 ans et déjà grande, a été tirée au sort par son instituteur au profil d’adjudant, pour préparer un gâteau d’anniversaire à l’occasion des 50 ans de Saddam Hussein. Son camarade de classe (qui la défie au jeu de qui restera le plus longtemps impassible sans cligner des yeux), Saïd, a écopé de la charge d’apporter des fruits. Ce n’est pas une gratification puisqu’à titre de punition pour un retard, il avait dû préparer 5 bulletins à son nom pour la pioche au lieu d’un seul par élève. Pour Lamia, c’est même une contrainte plus lourde puisqu’elle doit trouver des œufs, de la farine, du sucre que sa grand-mère avec qui elle vit n’a pas les moyens d’acheter.
Les voilà partis vers la ville grouillante qu’ils sillonnent à la recherche de leurs ingrédients. Les difficultés, les imprévus, les marchandages piégés, les risques de viol, les faux billets à l’effigie d’un Saddam tout souriant, les esquives et les ruses s’enchainent… Les images et le récit de ce film évoquent de prime abord un conte plus qu’un documentaire, mais c’est pourtant dans ses souvenirs de jeunesse que Hasan Hadi a puisé ses décors, ces belles cases tressées du village marécageux de Lamia et Saïd qui ont traversé des générations, parfois si raffinées qu’on dirait des édifices d’exposition. C’est peut-être aussi sa mémoire d’enfance qui livre ces séquences assez insouciantes dans un contexte de guerre et de famine.
Lamia se déplace librement sur sa gondole les cheveux au vent et sa grand-mère, qui voulait la placer faute de pouvoir la nourrir, vocifère sans inhibition pour exhorter la police à plus d’efficacité et de respect. Le grand-père boiteux hagard de Saïd reste leste pour ses conseils en petits larcins, et sa mère, attentionnée et hospitalière, trouve encore les moyens de préparer un gâteau.
Dans leur école, l’ambiance est répressive, très différente de la souplesse mise en scène par Alireza Ghasemi & Raha Amirfazli à l’arrivée des premiers réfugiés afghans en Iran dans Au pays de nos frères (1). Mais elle est encore sans discrimination sexiste, sans cette peur pesante omniprésente qui caractérise les pays sous dictature imposant des comportements camouflés, y compris dans les familles mêmes. Cela se passe en Irak, en 1991. La guerre et le feu vont rattraper Saïd et Lamia, même s’ils gardent les yeux grand ouverts sans les cligner.
Hasan Hadi a cherché et préparé ses figurants non professionnels, avec la rigueur de mise dans un premier long métrage, pour ensuite savoir laisser place à des comportements spontanés, ce qui donne au film son caractère authentique. Son film, sélectionné à Cannes par la Quinzaine des Cinéastes 2025, a également été choisi par la Ville de Paris pour son festival Mon premier festival 2025 (21e édition), et est le candidat irakien à l’Oscar du meilleur film étranger 2026.
Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma en ligne directe
1. "Au pays de nos frères", Jeune Cinéma en ligne directe.
Le Gâteau du Président (Mamlaket al-qasab). Réal : Hasan Hadi ; sc : H.H. & Eric Roth ; ph : Tudor Vladimir Panduru ; mont : Andu Radu ; déc : Anamaria Tecu ; cost : Tamara Nouri. Int : Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat, Rahim Alhaj, Thaer Salem, Ali Khalaf, Fatima Abouharoon (Irak-USA-Qatar, 2025, 102 mn).