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Soulèvements (2025)
de Thomas Lacoste
publié le mercredi 11 février 2026

par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sélection des États généraux du film documentaire de Lussas 2025

Sortie le mercredi 11 février 2026


 


Le collectif Les Soulèvements de la terre, fondé en 2021 par d’anciens membres de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, a connu une apogée en 2023, avec les manifestations de Saint-Soline, contre les méga-bassines (1). Le film réfléchi de Thomas Lacoste éclaire les conditions de leur surgissement, comme une extension politique des mobilisations paysannes, décrites notamment par Laurie Lassalle dans Forêt rouge (2025) (2) dans le sillage de celles du Larzac (3).


 


 


 

Le scénario est articulé autour de témoignages de militants engagés dans la défense de territoires, où la criminalisation par le gouvernement de modes de vie naturels impose des résistances révolutionnaires (5200 grenades à Sainte-Soline pour 30 000 manifestants en mars 2023). Des beaux jeunes contemporains, pleins de santé et de vitalité, commentent leur organisation inventive d’ilots solidaires, puisant leur efficacité dans l’immémorial savoir-vivre paysan. On peut y voir un échantillon assez homogène d’intellectuels écologistes, mais c’est surtout leur expérience des affrontements avec la police qu’ils mettent en perspective. Rien n’est caricaturé. Ils aiment les bêtes mais aussi la viande, et le cinéaste n’apparait pas comme un ethnologue tendant le micro à des zadistes qui le méritent : pour la durée du film, il est des leurs.


 


 


 

Bonheur de la bonne synchronisation des registres d’une Chorale, authenticité des liens noués entre ceux qui ont monté ensemble une charpente pour s’abriter, ou qui reçoivent l’appui massif de leurs partisans, venus préparer une manifestation, ou qui occupent en montagne l’aire d’atterrissage d’un hélicoptère en repérage du site d’installation d’un téléphérique, pour gagner une saison contre ce projet défini chez eux, sans eux…


 


 


 

Campagne, montagne, rivage … les Soulèvements de la Terre fédèrent des mouvements régionaux et résistent à l’accaparement des ressources naturelles par des aménageurs au service d’investisseurs de court terme, et à la compétition générale qui exténue les humains autant que les végétaux. La partie fiction du film réside dans les très belles photos assez idéalisées des terres, des manifestations, des bassines, des montagnes, qui scandent le récit.


 


 


 

Thomas Lacoste est un timonier de long cours. Il travaille sur les moyens de sortie apaisante des conflits, cherchant à définir, à partir des mouvements populaires (comme les batailles basques), des directions communes et des modes d’action émancipateurs, légitimes sinon dogmatiquement légalistes. Le cinéma est son principal moyen d’expression, sur la base de scénarios issus d’un travail d’équipe interdisciplinaire. Pour Soulèvements, la contribution de William Fujiwara, matheux-historien-philosophe, a été déterminante.

Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

* Le film a été sélectionné dans de nombreux festivals notamment Festival de cinéma de Douarnenez 2025, au Festival international du film francophone de Tübingen & Stuttgart 2025 et au Festival international du film d’environnement de Toulouse.


 

1. À Saint Soline, la manifestation, co-organisée par Les Soulèvements de la Terre la Confédération paysanne et le collectif Bassines non merci, n’est pas la première manifestation contre les méga-bassines, qui ont commencé dès les années 2010.
Mais c’est la première fois que la répression policière est aussi violente, avec plus de 200 blessés dont plusieurs gravement, le 25 mars 2023. Il y aura un procès contre neuf militants et des condamnations. Et, en juin 2023, une tentative de dissolution du mouvement, désigné comme écoterroriste. En 2026, les condamnations ont été confirmées en appel. Mais de nouvelles révélations sont apparues sur le dispositif hors norme de la gendarmerie (hélicoptère, caméscope, caméras embarquées), qui, avec ses propres caméras, a enregistré de très nombreuses preuves de ses dérives (tirs tendus interdits, propos exhortant à la violence, insultes...).

2. "Forêt rouge", Jeune Cinéma en ligne directe.

3. La lutte du Larzac contre l’extension d’un camp militaire sur le causse est le grand ancêtre de ces divers mouvements de désobéissance civile. Elle a duré dix ans (1971-1981) et a fini par gagner. Le projet a été abandonné. C’est le terreau du mouvement altermondialiste français.


Soulèvements. Réal, sc : Thomas Lacoste ; ass : William Fujiwara ; ph : Catherine Georges ; mont : Gilles Volta ; mu : Florencia Di Concilio ; son : Térence Meunier (France, 2025, 106 mn).



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