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Famille Homolka (la) (1969)
de Jaroslav Papoušek
publié le mercredi 25 février 2026

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sortie le mercredi 25 février 2026


 


Deux ans après que les chars russes avaient roulé dans les rues de Prague sortait Ecce Homo Homolka. Cette comédie remporta un tel succès populaire que son auteur, Jaroslav Papoušek (1929-1995), en réalisa coup sur coup deux suites, avec les mêmes personnages, Hogo fogo Homolka (1971) et Homolka a tabolka (1972). Une trilogie. Il était loin d’être un inconnu. Peintre, sculpteur, caricaturiste, écrivain, il avait été une figure clé de la Nouvelle Vague tchécoslovaque en tant que coscénariste de Milos Forman pour L’As de pique (1964) (1), Les Amours d’une blonde (1965) (2) et le brûlot Au feu les pompiers (1967). Il avait également collaboré au script du film de Ivan Passer, Éclairage intime (1965) (3). À la différence de Milos Forman (1932-2028) et Ivan Passer (1933-2020), Jaroslav Papoušek n’émigra pas. Il passa lui-même derrière la caméra (4).


 


 

La Famille Homolka commence comme une partie de campagne. Des amoureux cherchent un endroit tranquille dans une forêt des environs de Prague pour batifoler à leur aise. Ils s’installent sur un nid de fourmis et renoncent. Ils enfourchent leur scooter. Exit le jeune couple que l’on verra réapparaître fugitivement. Entre-temps, Monsieur Homolka, chauffeur de taxi de son état, profite de son dimanche pour promener sa petite famille. Celle-ci se compose de lui-même, de son épouse, de leur fils Ludva, de la belle-fille Heduš et de deux jumeaux de 6 ans (interprétés par les fils Forman). On va à la chasse aux champignons, puis grand-père met les bières à rafraîchir, tandis que les gamins s’amusent dans le ruisseau avec leur père. Heduš, son épouse, esquisse quelques pas de danse, plutôt gracieux étant donné sa corpulence. L’idylle est interrompue par des appels au secours. Le grand-père sonne la retraite. On va s’en aller avant d’avoir des ennuis. Tous lui obéissent. Les promeneurs du dimanche les imitent et bientôt une file ininterrompue de voitures quitte la forêt.


 


 

À la maison, on consomme le pique-nique dans une cuisine exiguë, car les trois générations cohabitent dans le petit appartement pragois. Commencent les bisbilles : Heduš a prévu d’aller aux courses avec les garçons et compte bien sur la présence de Ludva. Celui-ci préférerait assister à un match de foot avec son père. Quand la jeune femme met leur fils en demeure de lui obéir, les parents se disent à voix basse "qu’il n’aurait jamais dû l’épouser". Ludva se résigne et se rend au champ de courses, mais incapable d’aller plus loin, il se met à boire vodka après vodka. On le retrouvera ivre-mort à la maison, pour la plus grande joie de ses enfants.


 


 

La soirée ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices, la télévision étant en panne. Grand-mère séquestre grand-père dans la chambre nuptiale pour qu’il apprenne à refaire le lit, qu’il a défait de rage. Les jumeaux ont inondé la salle de bains et ne tardent pas à y enfermer leur père. Tous se lamentent de leur vie ratée, de leurs espoirs déçus, mettant leur malheur sur le compte d’un mauvais choix matrimonial. Les hommes menacent de quitter le domicile. Grand-mère serre Ludva sur son cœur en lui répétant qu’il est "tout ce qu’elle a". Belle-mère et belle-fille se houspillent. Le capharnaüm se propage jusque dans la rue.


 


 

L’intrigue secondaire prend alors le relais : les parents de la jeune fille du prologue habitant juste en face, les tourtereaux profitent de leur absence. Un autre prétendant arrive en décapotable. Rendu soupçonneux par la présence du scooter, il est exaspéré par celle de deux paires de chaussures devant la porte de l’appartement. Et d’appuyer sans discontinuer sur un klaxon vengeur... Le quartier n’en peut plus. S’ensuit une empoignade avec un râleur plus décidé que les autres. Une voisine calme l’incident avec une bassine d’eau froide.
Les gags se succèdent. Les personnages ne sont vus ni avec tendresse, ni caricaturalement. Ils sont "humains, trop humains", comme de nombreux Pragois qui se calfeutrent dans le privé. Quelques moments mis à part - les étranges cris dans la forêt, le leitmotiv de l’enfermement dans le Kammerspiel infernal, les plans sur l’oiseau en cage -, Jaroslav Papoušek ne se risque pas à l’allusion politique. Notons cependant la confession inattendue de Heduš qui jette le masque et avoue sa détresse au point qu’une réelle émotion passe. Elle aurait pu atteindre son idéal et devenir ballerine, si elle n’avait pas tant grossi. Elle a sacrifié sa passion à un quotidien fait de criailleries.


 


 

On se souvient que Jaroslav Papoušek était sculpteur. On pourrait lire la chronique de la famille Homolka comme une histoire des corps : graciles comme ceux des jumeaux, gringalets comme celui de Ludva que sa mère tient sous tutelle, allant s’avachissant pour ce qui est des autres protagonistes. La génération manquante est celle qui a 20 ans. On la trouve dans l’appartement d’en face, chez le jeune couple hardi qui n’hésite pas à se dénuder dans la nature, avec le courage nonchalant de vivre selon ses désirs.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

1. "L’As de pique", Jeune Cinéma n°1, septembre-octobre 1964.

2. "Les Amours d’une blonde", Jeune Cinéma n°9, octobre 1965.

3. "Éclairage intime", Jeune Cinéma n°20, février 1967.

4. Son premier film, tourné en 1968, sorti en 1969, Le Plus Bel Âge, se passe dans un atelier de modèle vivant où des étudiants posent pour gagner quelque argent.


La Famille Homolka (Ecce Homo Homolka). Réal, sc : Jaroslav Papoušek ; ph : Jozef Ort-Snep ; mont : Jirina Lukesova ; mu : Karel Mares. Int : Josef Sebanek, Marie Motlova, Frantiek Husak, Helena Ruzickova (Tchécoslovaquie, 1969, 83 mn).



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