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Quartier libre (2025)
de Christophe Delsaux
publié le mercredi 25 février 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 25 février 2026


 


Pour son premier long métrage, Christophe Delsaux, producteur, directeur de Oriflammes Films et réalisateur de courts métrages, nous offre ici un beau film mêlant à la fois le social et l’amour, sur un ton étrangement léger, pour un tel thème et presque documentaire, en raison de la présence de nombreux figurants et acteurs non-professionnels.


 


 

Tourné au quartier d’Orgemont, à Épinay-sur-Seine, Quartier libre s’inspire d’un fait de société relaté par Libération. Au départ, en effet, en 2007, le réalisateur avait lu dans ce journal que le maire d’alors avait annoncé aux habitants de la cité de la Coudray à Poissy qu’il voulait "faire table rase et repartir du bon pied. C’est-à-dire détruire des HLM pour faire de l’habitat privé et du logement en accession sociale à la propriété, avec une volonté affichée de faire de la mixité sociale".


 


 

Puis le réalisateur a, en effet, transposé cette histoire dans un autre quartier de la région Île-de-France qu’on lui avait recommandé pour son calme relatif, en lieu et place d’une cité du 9-3 plus problématique, et en utilisant des couleurs et une population qui, bien que dérangée par ce projet de restructuration, n’était pas franchement hostile.


 


 

Le résultat est très intéressant, puisque Christophe Delsaux arrive, grâce à ses personnages, interprétés notamment par Gilles Vandeweerd et Lyna Dubarry pour les rôles principaux, et grâce à l’utilisation de la romance, à bien rendre compte de ce que les habitants d’une cité, habituellement peu concertés par les rénovations, peuvent vivre et comment ils supportent encore le mépris des autorités et des architectes. "Je voulais mettre en avant le vouloir et le pouvoir des habitants", déclare le réalisateur.


 


 

Le quartier s’appelle, dans le film, la Cité des Indiens et, pour faire passer la pilule au départ, les décideurs, présentés comme des technocrates prétentieux et ridicules, font intervenir une plasticienne, ressemblant étrangement à Sandrine Rousseau, qui décide de déguiser les habitants en Indiens au moyen de coiffes à plumes un peu ridicules dans ce contexte. "J’avais envie d’un film distrayant, d’une forme légère pour aborder un sujet grave", continue-t-il. "Je voulais des personnages dont la rencontre produit des étincelles. Et aussi il me semblait très important de représenter les quartiers populaires de manière positive. Je voulais me rapprocher des habitants, de leur environnement, et expliquer leur attachement à leur quartier".


 


 

Et c’est une belle réussite car, même si l’on sait que c’est du cinéma, on peut tenter de se persuader que tout n’est pas perdu, et qu’il peut y avoir encore de l’humanité dans ces lieux uniformisés, perdus pour les urbanistes et les politiques, et qu’ils peuvent arriver à s’unir et à transformer pacifiquement leur monde, ce qui n’est pas une mince affaire. Pierre l’architecte se place de leur côté, quand il arrive enfin à s’avouer que, finalement, la société l’utilise, lui aussi, et Nadia, la jeune pasionaria, s’adoucira sans perdre sa vigilance lorsqu’elle tombera amoureuse de Pierre. On pourrait presque dire que tout est bien qui finit bien si on ne savait pas que, déjà, d’autres projets menacent la nouvelle cité de la Passerelle, car, dans le monde capitaliste, rien n’est jamais vraiment acquis.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


Quartier libre. Réal : Christophe Delsaux ; sc : C.D., Cécile Vargaftig & Colin Voisin : ph : Denis Gaubert ; mont : Valentin Durning ; mu : Timothée Sarran. Int : Lyna Dubarry, Gilles Vandeweerd, Margaret Zenou, Mustaphe Moumoune (France, 2025, 72 mn).



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