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Un été à la ferme (2025)
de Hugo Willocq
publié le mercredi 25 février 2026

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sortie le mercredi 25 férer 2026


 


Les films qui se passent à la campagne sont souvent réussis. Sans doute parce que le regard que le réalisateur lui porte est fait d’admiration et de reconnaissance - on pense bien sûr à Petit Paysan de Hubert Charuel (2017) ou à La Ferme des Bertrand de Gilles Perret (2023). (1) Un été à la ferme est bien le digne petit frère de ces titres qui ont marqué les esprits. Son réalisateur, Hugo Willocq, est né en 1998 et a déjà réalisé deux documentaires à la sortie de l’INSAS, puis il est passé à l’image chez d’autres réalisateurs. C’est son premier long métrage. Bien qu’il montre de manière frontale la vie et le métier de paysan, ce n’était pas sa première intention, qui était plutôt de filmer l’enfance et la sortie de l’innocence. "Entrer dans un monde par le regard d’un enfant. Le monde agricole est venu ensuite, comme manière de figurer cette fin de l’innocence", déclare-t-il.


 


 

Le fils d’un couple de paysans, l’été à la ferme. Sujet bucolique que Hugo Willocq a choisi de filmer d’une manière presque phénoménologique, avec cependant beaucoup de poésie et, bien sûr, d’innocence, celle des jeux, de l’insouciance, de la camaraderie et, parfois, de l’ennui qui fait tout le sel de l’enfance dans nos souvenirs embrumés. Cet été, en effet, Paul a 12 ans et la ferme de sa famille est un terrain de jeux idéal avec les copains et son frère. Tout fier, il conduit le tracteur ou le prête aux camarades qui ne veulent plus le rendre. Cette liberté est grisante et Paul en profite comme s’il sentait, face à l’inquiétude et à la tristesse palpable de son père qui lui confie maintenant des tâches, venir l’âge adulte et le début des soucis.


 


 

Le réalisateur, originaire du Nord, raconte en fait un peu de son enfance, puisqu’il a choisi de poser sa caméra dans le nord de la France. On sent bien que la survie de cette petite exploitation, bien difficile à gérer, commence à être menacée par les grosses exploitations. Alors, quand il montre les travaux et les jours, mais aussi les jeux de Paul, c’est la description d’une vie menacée qu’il filme, c’est aussi la désagrégation d’un tissu de mémoires centenaires. "Sous nos yeux, Paul va d’un âge vers l’autre, de la sortie du monde merveilleux de l’enfance vers celui du travail", déclare le réalisateur. "À 12 ans, il est à la fois proche de l’enfance aux côtés de son frère, mais aussi du monde du travail avec son père. Il est entre deux âges, au sein d’un même espace, la ferme, qui est à la fois un outil de production et un terrain de jeu".


 


 

Le film montre l’enfant pendant cet été où tout change peu à peu, comme sur un chemin où il est difficile de faire demi-tour. Au début, tout semble insouciant et magique. Les enfants jouent dans un environnement agréable. Mais le travail et ses soucis se révèlent sournoisement. Paul, en aidant son père, réalise ce qu’est le métier d’agriculteur, et cet été-là devient une période d’apprentissage. Malgré tout, il émane de ce film pur et simple, comme un sentiment étrange de mélancolie devant le nouveau monde qui nous englue et le temps qui passe irréversiblement.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

1. "Petit Paysan", Jeune Cinéma n°381, été 2017 ; "La Ferme des Bertrand", Jeune Cinéma en ligne directe.


Un été à la ferme. Réal, sc, ph, son : Hugo Willocq ; mont : Emilio Anatriello (France, 2025, 100 mn). Documentaire.



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