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Ce qu’il reste de nous (2024)
de Cherien Dabis
publié le mercredi 11 mars 2026

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2025

Sélection officielle du Festival international du film de San Francisco 2025

Sortie le mercredi 11 mars 2026


 


Cherien Dabis est une jeune réalisatrice américaine, née au Nebraska, d’origine palestinienne. Après Amerrika (2009), lauréat du prix Fipresci à Cannes et May in the Summer (2013) qui ouvre le Sundance Festival Sundance, Ce qu’il reste de nous, son troisième long métrage, est un grand film humaniste, une fresque générationnelle.


 


 

Son très beau titre est à lui seul évocateur d’une histoire longue et ancienne, celle d’une promesse inachevée, d’un destin contrarié et tragique dans le désordre et le chaos de guerres constantes entre la Palestine et Israël, et ici précisément, depuis le 14 mai 1948, date de la proclamation de l’État d’Israël par David Ben Gourion. Ainsi commence pour les Palestiniens, la Nakba, le désastre, ce qui signifie l’exil pour des milliers d’entre eux, tandis que les survivants de la Shoah s’installent en Israël.
Son titre ne questionne pas, il est une certitude. Il reste "ce" de nous, "ce" du peuple palestinien, la réalité et son film le prouvent avec une ingéniosité et une générosité exemplaires. Avec ce titre à la fois mélancolique et espérant, elle veut signifier l’existence d’un peuple qui se souvient.


 


 

Cherien Dabis exprime, avec justesse et émotion, l’histoire de cette famille palestinienne sur trois générations, à travers un grand-père, un homme adulte, et un petit garçon nommé Nour, chacun d’eux traversés par la douleur de la guerre et l’esprit de résistance. Les bombardements de Tsahal sur Jaffa s’intensifient, commencent alors les intimidations, les perquisitions, jusqu’à l’obligation de fuir la ville. Les enfants sont mis à l’abri à Rafah chez leur oncle. Le père reste seul à Jaffa, il est fait prisonnier et envoyé dans les camps de travaux forcés, il en revient usé, rompu, mais ne plie pas dans ses convictions.


 


 

Le temps passe, son fils n’a pas la même force combative que son père, en revanche Nour, le petit-fils, interroge les personnes autour de lui et s’inquiète de ce qu’il voit, il grandit et veut lutter pour défendre sa terre. La dépossession des terres, le déracinement et les blessures mentales et physiques dont sont victimes les Palestiniens le pousse à agir. Il décide de militer et adolescent, se rend aux manifestations en Cisjordanie. Il est touché d’une balle en pleine tête par un tir israélien. À partir de là, tout bascule. La mort habite le film. La mort et la haine envers le sionisme, et la charge générationnelle pèse sur les vivants.


 


 

Dans une écriture traditionnelle, nécessaire à la remémoration d’une histoire familiale à travers les malheurs de la guerre, mêlant événements historiques et intimité affective, la réalisatrice donne un sens tellement inattendu et puissant au niveau du symbole, à partir du décès de ce jeune Palestinien tué par un tir de Tsahal, qu’il plonge le spectateur dans une réflexion et un questionnement quasiment philosophique, amplifié encore et toujours par le titre du film.
Ce qu’il reste de nous, reflet d’une ambiguïté face à la pensée et à la marche du monde, relève et efface doutes et scepticisme quant à la nature humaine et partage, avec nous spectateurs, l’espérance de l’intelligence.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2025


Ce qu’il reste de nous (Ally baqi mink). Réal, sc : Cherien Dabis ; ph : Christopher Aoun ; mont : Tina Baz ; mu : Amine Bouhafa. Int : Cherien Dabis, Saleh Bakri, Maria Zreik, Adam Bakri (Allemagne-Chypre-Jordanie-Grèce-Qatar, 2024, 145 mn).



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