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Encontro (2025)
de François Manceaux
publié le mercredi 11 mars 2026

par Philippe Roger
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026

Sortie le mercredi 11 mars 2026


 


Producteur et réalisateur de nombreux documentaires, François Manceaux a débuté à la technique sur des films de Robert Bresson et Marguerite Duras. À l’âge où d’autres prennent leur retraite, il vient de réaliser Encontro, son premier long métrage de fiction. C’est un projet qui lui tenait à cœur, dont l’écriture a commencé dès 2018, le tournage s’étirant de 2020 à 2021, durant la pandémie dont on retrouve des traces dans le récit. Le film s’achève en 2023 et c’est en 2025 qu’il sort enfin. On ne peut que trouver attachante cette tentative aussi personnelle que fragile, aussi ambitieuse qu’imparfaite.


 


 

Les points forts de Encontro sont ses comédiens et son décor naturel. Il y a d’abord l’acteur belge Johan Heldenberg dans le rôle d’Alain, cinéaste déboussolé à la recherche de Luisa, l’amante disparue, figure de proue d’un lointain tournage inachevé. Pour composer son personnage, l’acteur s’est à l’évidence inspiré de son réalisateur, amoureux du Portugal. Après une exposition un peu longue où François Manceaux fait trop confiance aux seuls dialogues, comme s’il n’osait s’affirmer par son style, le film démarre réellement par une rencontre majeure, avec l’arrivée d’un personnage féminin fort, Maria, prête à aider Alain dans sa quête. Isabel Otero apporte sa lumière intérieure à la figure de cette pianiste que le poids du passé rapproche d’Alain.


 


 

Encontro ne joue pas seulement sur le rapport du passé au présent et leurs rencontres sensibles. À ce jeu déjà complexe entre absence et présence, que ponctuent des rushes anciens aux couleurs saturées, vient s’ajouter l’insertion de séquences du futur, comme autant d’hypothèses de situations à venir, imaginées. Alain résume l’inconfort de la situation : "Je suis happé par un passé qui revient et un futur qui apparaît". Le spectateur finit par se perdre dans ce jeu aussi séduisant intellectuellement que peu évident à incarner dans une continuité. Qu’est-ce qui distingue au cinéma une scène dite réelle d’une scène rêvée par un personnage ? Toutes reposent sur l’idée de projection. Il y a donc risque de confusion. On rentre dans un jeu dont les règles se modifient en cours de route. Il en va de même pour un récit à la fois trop simple et trop complexe. Que Maria se révèle la demi-sœur de Luisa demeure un artifice narratif, d’autant que Maria cache à Alain ce qu’elle sait, tout comme lui. Dans ce faisceau de mises en abyme, le cinéma en tant que mémoire prend toute sa place. On croise la musique de Fusco pour L’avventura de Michelangelo Antonioni, puisqu’il est question dans les deux films de disparition d’un personnage féminin.


 


 

On est à Lisbonne, aussi trouve-t-on des traces allusives à Dans la ville blanche de Alain Tanner(1983) - la Suisse comme horizon -, et à Lisbonne Story de Wim Wenders (1994), par la grâce d’une terrasse. Quand Maria finit par jouer un nocturne de Chopin, on s’attend à ce que les choses se précisent. Mais c’est pour changer de cap, si l’on ose dire, et se retrouver pour une cérémonie d’initiation dans une île du Cap-Vert. Il est émouvant de voir ainsi un réalisateur tenter de réunir les chemins d’une vie dans une seule œuvre. Souhaitons-lui de faire d’autres films où, plus apaisé, il fera davantage confiance à sa mise en scène et suivra un seul rêve pour mieux l’amener à l’existence.

Philippe Roger
Jeune Cinéma n°441-442, mars 2026


Encontro. Réal, sc : François Manceaux ; ph : Joao Pedro Placido ; mont : Pedro Vidal ; mu : Adrian Faure Carvallo ; déc : Joana Cardoso. Int : Johan Heldenbergh, Isabel Otero, Paula Pais, Dalila Carmo (Belgique-Portugal-Cap-Vert, 2025, 116 mn).



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